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Francesca Caiazzo : Université de Sherbrooke
Premier roman de Virginie Despentes paru en 1993, Baise-moi met en scène Nadine et Manu, deux jeunes femmes qui vont entreprendre un road-trip aussi meurtrier que mortel, où la violence en apparence gratuite se mêle à une sexualité féminine débridée ainsi qu’à la débauche totale. Dans ce roman, nous assistons à une série de contre-scripts sexuels, où le plaisir féminin est central et prime sur celui masculin. Cette communication se concentre sur une scène en particulier, où Nadine et Manu invitent deux hommes dans leur chambre d’hôtel en mettant à l’œuvre une version alternative du « plan à quatre » auquel l’un des deux hommes s’attendait. Cette scène cristallise en effet tous les éléments présents dans le reste du roman et qui concourent à la constitution d’un contre-script sexuel : le renversement des rôles genrés, qu’il s’agisse du regard et de la posture agentive ; la matérialité débordante des corps féminins ne s’inscrivant pas dans le circuit du désir masculin ; l’absence de l’univers affectif féminin stéréotypé ; la constitution d’un compagnonnage au féminin et l’éloignement volontaire de l’univers et de la société de référence, dans une temporalité à la fois suspendue et accélérée riche en potentialités subversives. Enfin, cette scène est à son tour reprise dans Testo Junkie de Paul B. Preciado : le personnage de V.D. emmène la narratrice dans le même hôtel où la scène du film Baise-moi a été tournée, nous permettant de relire le passage d’un point de vue queer.
Les dernières années se démarquent par une pluralité de discours et de représentations (littéraires, artistiques ou cinématographiques) inédites sur la sexualité des femmes, des minorités sexuelles et de genre, ainsi que sur des pratiques sexuelles et affectives alternatives telles le BDSM et les non-monogamies. On assiste à un certain élargissement du droit à la subjectivité et à l’agentivité sexuelle des groupes opprimés. Au centre des préoccupations sur les sexualités vient le consentement. Le mouvement #metoo a fait émerger plusieurs questions sur la sexualité égalitaire : comment politiser collectivement le consentement dans un contexte individualiste néolibéral? Quelle est la place du désir et du plaisir dans le consentement? Quelles pratiques éducatives, militantes ou culturelles peut-on mettre en place? D’un point de vue féministe, queer, antiraciste et décolonial, comment (re)penser la subversion érotique et les stratégies de résistance face aux impératifs des industries culturelles qui tendent à édulcorer la radicalité politique de certains discours et représentations? Ce colloque constitue un espace d’arrimage interdisciplinaire des savoirs à propos du consentement, du plaisir et du désir en partageant des outils conceptuels souvent ignorés d’une discipline à l’autre, tels que l’injustice épistémique (Fricker, 2007; Dotson, 2018), les scripts sexuels (Simon et Gagnon, 1973) et l’agentivité sexuelle (Lang, 2011; Lavigne et coll., 2019), les affects et la corporéité (Gregg et Seigworth, 2010; Grosz, 1994, 2017; Ahmed, 2017). Les axes suivants seront explorés : 1) Apports épistémologiques, critiques et éthiques : quelles injustices épistémiques reproduisent les théories actuelles? Quelles sont les avenues de (re)politisation des savoirs sur les concepts de consentement, de désir et de plaisir? 2) Apports théoriques : quels arrimages possibles entre les concepts de corporéité ou des affects à la théorie des scripts sexuels ou de l’agentivité sexuelle? et 3) Représentations des corps et des sexualités : Quels contre-scripts observons-nous (au cinéma, dans les séries, les œuvres littéraires, la pornographie, etc.)? Quelles avenues de résistance proposent-ils ou encore à quelles réifications s’adonnent-ils? Quel est le potentiel éducatif et militant de ces représentations?
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