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Marc-Kevin Daoust : École de technologie supérieure
Au cours des deux dernières décennies, de nombreux philosophes ont soulevé des objections sérieuses contre la normativité de la cohérence formelle. Pour eux, les agents ne sont pas tenus d'être cohérents. Ils affirment que, si nous nous concentrons exclusivement sur la cohérence (par exemple, en ignorant comment les agents doivent répondre à leurs raisons, ou comment ils doivent raisonner, etc.), nous ne pouvons pas conclure que la cohérence est normative. Par exemple, des agents cohérents peuvent être dans l'erreur, ou grandement déraisonnable. Pour ces philosophes, ce qui compte, c'est d'avoir raison ou d'être raisonnable, et le reste a peu d'importance. Je soutiens que cette façon d'aborder la normativité des exigences de cohérence soulève des problèmes. Il n'y a sans doute rien à dire en faveur des exigences de cohérence lorsque nous les analysons séparément des autres exigences. Or, ces exigences peuvent être attrayantes une fois que nous comprenons comment elles interagissent avec d'autres normes. En d'autres termes, il ne faut pas les analyser séparément des autres normes. Mon raisonnement s'inspire d'arguments et de critiques entourant l'optimalité de Pareto.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?
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