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Le danger de la fiction comme source d’intuitions morales dans les débats en bioéthique

GC

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Guido Calderini : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

La tendance plus conservatrice en matière d’augmentation biotechnologique est souvent accusée d’esquiver les accusations d’inconsistance en faisant appel à « la sagesse du dégout ». Par exemple, Francis Fukuyama (2002) défend en longueur le rôle du roman Brave New World d’Aldous Huxley comme source d’intuitions morales importantes qui vont au-delà d’une analyse conceptuelle. Cette position a été fortement critiquée par plusieurs auteurs, mais lors de cette table ronde je me baserai sur l’analyse qu’en fait Mark Walker (2013), qui montre que les travaux de fiction n’éclairent pas, mais plutôt obscurcissent le débat en abusant d’un sentiment mal placé et en présentant plusieurs éléments simultanément, ce qui a comme conséquence de rendre certaines procédures biotechnologiques « coupables par association ». En ce sens, la fiction serait antithétique à la philosophie, car elle amalgame les concepts tandis que la philosophie essayerait de les séparer pour mieux comprendre leur rôle.

Résumé du colloque

Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.

Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 7 mai 2021

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