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Jean Bernatchez : UQAR - Université du Québec à Rimouski
Le rapport mondial de l’UNESCO sur les sociétés du savoir, intitulé «Vers les société du savoir» et publié en 2005, incarne l’idéal de la science au service du développement humain. Le modèle qui y est décrit constitue une solution de remplacement à celui de l’économie du savoir, proposé par l’OCDE en 1996, lequel inspire les politiques scientifiques des pays industrialisés. Nous reprenons dans cette communication trois thèmes centraux du rapport de l’UNESCO sur les sociétés du savoir et nous déclinons les valeurs et les normes qui les orientent: la gouvernance de la science, l’organisation de la recherche scientifique et l’évolution de l’enseignement supérieur. Pour chaque thème, nous dressons un état des lieux au Québec selon l’idéal des sociétés du savoir. Notre perspective théorique est celle de l’analyse cognitive et normative des politiques publiques (gouvernementales et institutionnelles) de l’enseignement supérieur et de la science. Il ressort de l’analyse que quelques progrès ont été accomplis au Québec au cours des 15 dernières années, mais que la voie vers une science ouverte, engagée et inclusive se trouve encombrée de multiples obstacles.
« Une autre science est possible : science collaborative, science ouverte, science engagée, contre la marchandisation du savoir », proposait-on il y a 10 ans lors du colloque de fondation de l’Association science et bien commun. Depuis cet événement, nous nous sommes interrogés avec plus de 200 chercheuses et chercheurs des pays du sud et du nord, professionnels et citoyens, notamment sur les politiques scientifiques, la science comme outil de développement durable, la liberté universitaire, la responsabilité sociale des chercheurs et chercheuses, la science ouverte, le libre accès et la justice cognitive.
Aujourd’hui, comment s’articulent les différentes visions des sciences? Entre l’idéal de la science néolibérale vectrice d’un développement économique mondialisé, l’idéal de la science positiviste qui existe à côté de la société, motivée par la découverte d’une Vérité unique sans égard aux besoins et aux conséquences, l’idéal de la science engagée dans laquelle les savoirs deviennent actifs, vecteurs de progrès social — mais au profit de qui? —, et l’idéal de la science ouverte, qui reconnaît la diversité des savoirs et invite le dialogue — mais peut-être au détriment de son propre pouvoir et d’une certaine cohésion sociale?
Quelles formes prennent aujourd’hui les idéaux alternatifs de la science ouverte, engagée ou inclusive? À quelles activités scientifiques sont-ils associés? Existent-ils encore en marge, peu reconnus, peu soutenus? Devant la crise des changements climatiques et celle de la pandémie de la COVID-19, prennent-ils une nouvelle importance ou sont-ils dénaturés? Comment pourraient-ils être mieux soutenus par les politiques scientifiques des divers pays, par les actions des universités partout dans le monde, et par les chercheurs et chercheuses au nord comme au sud? Quels sont les nouveaux domaines prioritaires émergés ou émergents de la science ouverte, engagée ou inclusive; biodiversité, agroécologie, droits de la personne, énergies?
Thème du colloque :