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Catherine Bertho-Lavenir : Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
En 1896 un couple de jeunes bourgeois cultivés fait l’inventaire de sa bibliothèque à Chicoutimi. Parmi ses ouvrages, de nombreux titres aujourd’hui oubliés. Sa correspondance permet de comprendre l’usage que faisait ce jeune couple de ses livres. Les textes de fictions et les biographies semblent avoir été un répertoire d’exempla, offrant des modèles de vie ou des sources de réflexion sur les conduites à tenir. Les ouvrages d’histoire, mais aussi de géographie, de botanique ainsi que les biographies de personnages importants de l’histoire du Québec permettent de nourrir un sentiment national d’appartenance au monde canadien-français. Cent cinquante ans plus tard qu’en est-il ? Enfermés dans les rayons des bibliothèques spécialisées, étudiés seulement dans les programmes universitaires et diffusés à travers des rééditions critiques, les ouvrages « oubliés » de cette bibliothèque bourgeoise ne servent plus de guides de vie. On peut faire l’hypothèse cependant que, la fonction patrimoniale ayant pris le relais, ces mêmes titres et auteurs continuent, sous une autre forme, à être les vecteurs d’une identité nationale.
L’évolution des savoirs de nature historiographique repose en bonne partie sur l’élection de nouveaux objets liés à un travail archivistique (voire archéologique) qui provoque l’émergence de nouvelles problématiques et la configuration de nouveaux récits. Les travaux sur la vie culturelle québécoise ne font pas exception. Ainsi, l’exhumation de pratiques scripturaires féminines invite à penser un peu autrement la littérature québécoise, en lui incorporant un corpus faisant place à l’intime; la découverte, dans les journaux du début du 20e siècle, de discours sur le cinéma ou le théâtre, invalide les topoï relatifs à une modernité qui ne serait advenue qu’à partir de la Révolution tranquille. A contrario, les historiens et les sociologues nous ont montré que cette révolution était profondément nourrie par des mouvements catholiques, pourtant jugés comme des adversaires de la modernité. Choisis parmi d’autres, ces deux exemples montrent le rôle cardinal de l’exhumation d’objets culturels « oubliés » dans la compréhension des enjeux sociétaux. Ce type d’étude touche toutes les disciplines, à la fois celles qui étudient la culture (histoire de l’art, danse, littérature, musique, cinéma, architecture, etc.) et celles qui relèvent des sciences humaines au sens large (philosophie, histoire, géographie, etc.). Le présent colloque vise à rassembler des chercheurs de diverses disciplines, intéressés, de manière ponctuelle ou systématique, à l’étude d’objets culturels « oubliés ». Au-delà de l’examen de divers cas d’exhumation, il s’agira d’étudier les conditions et les mécanismes de l’oubli dans leur variété (« verrous » critiques, fragilité des supports ou faiblesse de la conservation, définition péjorative des objets antérieurement à leur analyse, prééminence de stéréotypes, etc.), afin de les contrer. Nous faisons le pari que ces échanges permettront d’esquisser des pratiques propres à désenclaver les nouveaux savoirs en études québécoises.
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