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Laurie Gagnon-Bouchard : Université d'Ottawa
Mon apport au projet Atopos vise à exposer les raisons pour lesquelles il est essentiel que les perspectives féministes soient enseignées dans le cursus du cours de philosophie 2 sur l’être humain au collégial. Pour répondre à cette question, je mobilise tant les apports théoriques du point de vue situé que les théories féministes en épistémologie qui ont exposé que la façon de définir l’être humain supposément de manière objective et universelle est finalement le vécu typique des hommes blancs et qu’elle ne reflétait donc pas la réalité de tous les êtres humains, notamment les femmes, les personnes racisées, les autochtones, etc. Par ailleurs, en m’appuyant sur les théories écoféministes, je propose que la conception des philosophes modernes de l’être humain ait d’autant plus produit des problèmes contemporains comme la crise écologique et un rapport de domination à la nature. En effet, l’opposition classique entre nature et culture et la dévalorisation de la nature au profit de la culture a amené les personnes voulant être considérées en tant que sujet à se distancier du monde naturel. Cette distanciation a construit une profonde aliénation face à notre fondement naturel et au monde auquel nous appartenons.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?
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