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David Robichaud : Université d'Ottawa
Les dernières années ont été marquées par une montée en popularité de ce que l’on nomme maintenant les « fausses nouvelles », par l’avènement de la « post-vérité ». De plus en plus de gens se désintéressent de la vérité et des théories scientifiques, mais aussi de la moralité et de la légitimité politique. Comment réagir face à cette situation? Je propose dans cette conférence de ne pas négliger les récits qui accompagnent nos théories morales et politiques. En faisant référence à plusieurs auteurs de l’histoire de la philosophie, mais aussi à divers travaux en sciences sociales, notamment ceux de Daniel Kahneman (2011) et de Nassim Nicholas Taleb (2007) portant sur les biais cognitifs, je tenterai de défendre l’idée qu’un retour à la fiction est non seulement souhaitable mais nécessaire pour convaincre du caractère raisonnable d’une position de philosophie morale ou politique.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?