Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Maeva Lacassagne : Université Paris Cité
Au premier abord, la notion du corps tend aisément à résonner dans sa dimension somatique, biologique ; mais nos sociétés nous font également remarquer combien le corps est aussi et surtout un lieu qui « parle » de l'individu, de ses héritages culturels et de son histoire. La psychologie clinique nous permet d'en apporter une lecture en tant qu'il est inhérent à la spécificité du sujet, soit de l’être social, parlant. Nous proposons de nous pencher depuis notre référentiel psychanalytique sur les états autistiques qui viendraient particulièrement mettre en évidence la part sociale du fait du corps. En effet, le corps dans l'autisme est investi d’une façon tout à fait singulière ; le monde se voudrait bidimensionnel (Haag, 2018), c'est-à-dire en difficulté de représentation de profondeur. Cette profondeur s’appliquant également au corps chez le sujet, si non défaillante, conduit à une contenance, creuse le nid d’une identité, d’un lieu soutenant une vie psychique. Nous allons de ce constat clinique étudier les modalités de cet investissement de l'espace et du corporel dans les états autistiques afin de tenter de comprendre ce qu’elles peuvent nous enseigner plus généralement de la dimension sociale du corps. A travers l’observation de manifestations autistiques qui se proposeraient comme des témoins d’un corps symboliquement « non-né », nous verrons comment cette question ne peut que difficilement s’élaborer sans celle de l’intersubjectivité.
Le corps est une notion transversale, reprise par de nombreuses disciplines au sein de différentes épistémologies. Au cœur même de la psychologie, le corps convoque de nombreuses significations ainsi que des représentations singulières et multiples. Que ce soit comme lieu premier de l’identité, comme marqueur culturel, comme objet de revendication ou encore comme voie d’expression de ce qui ne saurait se penser, le corps vient dire quelque chose de l’individu, de son monde interne, de son appartenance socioculturelle. Au-delà de ces différentes mises en sens, le corps est sur le devant de la scène dans nos sociétés contemporaines. Qu’il soit agi ou subi, il semble être le lieu de l’expression de la subjectivité, de l’appartenance familiale et culturelle. Que ce soit un corps investi, un corps objet de violence ou encore un corps en « désa-corps », il reste au cœur des objets d’étude de la psychologie. Cependant, dans un au-delà du lien inéluctable qui unit l’individu à son corps, ce dernier vient aussi et surtout révéler la société dans laquelle il évolue. De nombreuses problématiques contemporaines témoignent de cette dimension sociétale, que ce soit dans sa valence créative ou destructrice. Du corps sexuel au corps médicalisé — ou non — de l’enfantement, en passant par les violences — auto ou hétéroagressives — qui lui sont infligées, du corps porteur de la vie à celui porteur de l’histoire, il vient, en filigrane, nous parler d’un « jamais su », d’un impensé. Ainsi, ce que la psychologie apporte sur cette question, c’est ce regard clinique, cette possibilité de mise en sens, à l’entrecroisée des représentations sociales, culturelles et subjectives, dans la double inscription de l’individu dans sa singularité et dans la société.
Titre du colloque :
Thème du colloque :