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Robin Birgé : Université de Montpellier
Depuis le colloque 2017 et la rédaction de l’ouvrage collectif « Et si la recherche scientifique n’était pas neutre ? », nous continuons de travailler le plus singulièrement possible à la déconstruction d’une science (et de ses experts) dont la légitimité émanerait d’une épistémologie « réeliste » et à conceptualiser et pratiquer une science constructiviste. Ainsi, malgré nos accointances avec beaucoup d’études critiques de sciences, notamment celles qui continuent de déconstruire cette science universaliste, fondée sur la découverte du réel ou d’une vérité unique – que nous qualifions de science normale car majoritaire – qui exclut à priori certains savoirs (ou points de vue) du débat scientifique, nous nous confrontons régulièrement à un désaccord sur les réponses à y apporter. En discutant le concept de « justice cognitive » et d’une de ses propositions connexes, la « science ouverte », nous souhaitons argumenter en quoi le désir d’inclusivité peut engager une forme d’irénisme (autrement dit, des contradictions qui sont parfois éludées sous couvert de bienveillance) ou comment la tolérance peut mettre en péril la discussion, donc la construction collective. Notre réponse très ambitieuse réside dans notre méthode de discussion que nous proposons au laboratoire indépendant et fictif Hyperthèses, l’ « éristique », une manière de construire ensemble (co), ce qui nous semble être le meilleur (élitaire), dans l’altérité et avec exigence, mais sans exclusion ni tolérance.
« Une autre science est possible : science collaborative, science ouverte, science engagée, contre la marchandisation du savoir », proposait-on il y a 10 ans lors du colloque de fondation de l’Association science et bien commun. Depuis cet événement, nous nous sommes interrogés avec plus de 200 chercheuses et chercheurs des pays du sud et du nord, professionnels et citoyens, notamment sur les politiques scientifiques, la science comme outil de développement durable, la liberté universitaire, la responsabilité sociale des chercheurs et chercheuses, la science ouverte, le libre accès et la justice cognitive.
Aujourd’hui, comment s’articulent les différentes visions des sciences? Entre l’idéal de la science néolibérale vectrice d’un développement économique mondialisé, l’idéal de la science positiviste qui existe à côté de la société, motivée par la découverte d’une Vérité unique sans égard aux besoins et aux conséquences, l’idéal de la science engagée dans laquelle les savoirs deviennent actifs, vecteurs de progrès social — mais au profit de qui? —, et l’idéal de la science ouverte, qui reconnaît la diversité des savoirs et invite le dialogue — mais peut-être au détriment de son propre pouvoir et d’une certaine cohésion sociale?
Quelles formes prennent aujourd’hui les idéaux alternatifs de la science ouverte, engagée ou inclusive? À quelles activités scientifiques sont-ils associés? Existent-ils encore en marge, peu reconnus, peu soutenus? Devant la crise des changements climatiques et celle de la pandémie de la COVID-19, prennent-ils une nouvelle importance ou sont-ils dénaturés? Comment pourraient-ils être mieux soutenus par les politiques scientifiques des divers pays, par les actions des universités partout dans le monde, et par les chercheurs et chercheuses au nord comme au sud? Quels sont les nouveaux domaines prioritaires émergés ou émergents de la science ouverte, engagée ou inclusive; biodiversité, agroécologie, droits de la personne, énergies?
Titre du colloque :