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Solène Hiton : Université Paris Cité
Aujourd’hui, il est admis dans l’opinion commune que la pornographie filmée est omniprésente sur internet, de plus en plus violente et consommée par des sujets extrêmement jeunes. Mais ce qu’il ne faut pas perdre de vue c’est que le sexuel travaille, de structure, le sujet et la culture au corps. Celui-ci impose un traitement et mène à la création de dispositifs. La pornographie en est-elle un ? Si le rapport sexuel, dans sa réalité, est montré au plus près dans le film pornographique, le réel sexuel, réel de la jouissance et des corps est toujours raté par l’image qui n’en propose qu’une virtualisation limitée. La pornographie est donc un trompe l’œil qui met parfaitement en scène ce ratage fondamental. L'effet du film, côté acteur ou consommateur, apparaît là où il est investi pulsionnellement par le sujet, là où il se mêle au fantasme, là où il y loge une jouissance et ce notamment au travers du regard et de ses enjeux pulsionnels. La pornographie met ainsi en évidence le polymorphisme sexuel, l'absence de norme naturelle en matière de sexualité et les enjeux de la pulsion scopique. De ce fait, l’association causale « pornographie-violence » doit être remise en question. Aussi, nous verrons que la pornographie se pare des accoutrements à la mode du champ social. Elle prend donc des formes relatives à ses époques, discours et cultures. La pornographie nous propose-t-elle donc un récit contemporain du corps ?
Le corps est une notion transversale, reprise par de nombreuses disciplines au sein de différentes épistémologies. Au cœur même de la psychologie, le corps convoque de nombreuses significations ainsi que des représentations singulières et multiples. Que ce soit comme lieu premier de l’identité, comme marqueur culturel, comme objet de revendication ou encore comme voie d’expression de ce qui ne saurait se penser, le corps vient dire quelque chose de l’individu, de son monde interne, de son appartenance socioculturelle. Au-delà de ces différentes mises en sens, le corps est sur le devant de la scène dans nos sociétés contemporaines. Qu’il soit agi ou subi, il semble être le lieu de l’expression de la subjectivité, de l’appartenance familiale et culturelle. Que ce soit un corps investi, un corps objet de violence ou encore un corps en « désa-corps », il reste au cœur des objets d’étude de la psychologie. Cependant, dans un au-delà du lien inéluctable qui unit l’individu à son corps, ce dernier vient aussi et surtout révéler la société dans laquelle il évolue. De nombreuses problématiques contemporaines témoignent de cette dimension sociétale, que ce soit dans sa valence créative ou destructrice. Du corps sexuel au corps médicalisé — ou non — de l’enfantement, en passant par les violences — auto ou hétéroagressives — qui lui sont infligées, du corps porteur de la vie à celui porteur de l’histoire, il vient, en filigrane, nous parler d’un « jamais su », d’un impensé. Ainsi, ce que la psychologie apporte sur cette question, c’est ce regard clinique, cette possibilité de mise en sens, à l’entrecroisée des représentations sociales, culturelles et subjectives, dans la double inscription de l’individu dans sa singularité et dans la société.
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