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Surveiller pour contrôler ou surveiller pour soutenir? Le désistement de la délinquance d'adolescents suivis dans la communauté

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Marie-Pierre Villeneuve : Université de Sherbrooke

Résumé de la communication

L’intervention avec les adolescents dont la délinquance est qualifiée de grave ou persistante (ADGP) présente d’importants défis pour les acteurs du système de justice pénale. Les recherches inscrites dans une perspective de gestion du risque montrent que les modalités de surveillance et d’encadrement des peines prolongent les contacts avec les acteurs du système de justice pénale et, ainsi, peuvent inhiber les efforts de changement. Or, ces recherches relèguent au second plan les changements qui surviennent dans les autres sphères de la vie des adolescents. La perspective du désistement du crime s’intéresse plutôt aux processus de changements individuels et sociaux qui sous-tendent le passage de l’agir délictuel à la conformité, dans une visée de (ré)intégration sociale. Cette recherche qualitative analyse les dossiers de suivi de 26 ADGP soumis à une peine alternative, l’ordonnance différée de placement sous garde et de surveillance (ODP), afin d’identifier les éléments individuels, relationnels et structurels qui sont favorables ou qui font obstacle à la transition vers le désistement du crime. Cette recherche s’intéresse spécifiquement à l’ODP en raison de ses effets mitigés sur la récidive et la réinsertion sociale. L’analyse des dossiers de suivi met en évidence les éléments favorables aux changements comportementaux, cognitifs, identitaires et relationnels qui surviennent durant cette transition.

Résumé du colloque

Dans la francophonie, le désistement du crime (parfois appelé « désistance ») est un objet d’étude relativement nouveau. Il connaît cependant un essor important dans les milieux scientifiques anglo-saxons depuis une trentaine d’années. Les études phares sur le désistement ont d’abord cherché à comprendre comment des personnes ayant commis de nombreux délits et n’ayant pas participé à des interventions dites correctionnelles sont parvenues, non seulement à abandonner leur carrière criminelle, mais aussi à se définir comme « ex » contrevenantes (Maruna, Immarigeon et LeBel, 2004). Ces études, pour la plupart réalisées au Royaume-Uni ou aux États-Unis, ont permis d’identifier les facteurs individuels (p. ex., maturation psychosociale, changement identitaire, agentivité, transformations cognitives) et structurels (p. ex., mariage, emploi) qui peuvent déclencher ou faciliter ce processus de changement (voir Bersani et Doherty, 2018; Graham et McNeill, 2017). Sortir de la délinquance requiert des changements comportementaux, cognitifs, identitaires et sociaux. Il s’agit d’un processus long et complexe, caractérisé par l’ambivalence et l’incertitude, en plus d’être parsemé d’obstacles structurels (Healy, 2012). Or, des études ont mis en évidence l’importance du soutien social formel et informel à travers ce processus (F.-Dufour, Villeneuve et Perron, 2018). Il apparaît désormais essentiel de mieux comprendre comment les politiques et les pratiques déployées au sein du système de justice pénale peuvent contribuer à déclencher, à soutenir ou à freiner le processus de désistement (Villeneuve, F.-Dufour et Farrall, 2020). Ces connaissances sont essentielles pour s’assurer que les politiques et les pratiques destinées aux justiciables soient ancrées dans des principes humains, moraux et éthiques respectant les plus hauts standards de pratique.

Ce colloque scientifique permettra de réunir, pour l’une des rares fois, des chercheurs francophones de différents horizons disciplinaires afin d’échanger des connaissances sur le désistement du crime, plus spécifiquement sur les différentes sources de soutien formel (politiques sociopénales, pratiques d’intervention) et informel (famille, pairs, conjoint.e) qui sont favorables au processus de sortie de la délinquance d’adolescents et d’adultes ayant commis divers types de délits, présentant des profils particuliers (problèmes de santé mentale, dépendance, itinérance) et exposés à diverses conséquences (peine communautaire, casier judiciaire, privation de liberté). Ce colloque permettra à des étudiants et à des chercheurs émergents et établis s’intéressant à l’intégration sociale et communautaire des personnes contrevenantes de communiquer leurs connaissances et de proposer des pistes concrètes pour soutenir le développement de politiques, de programmes et de pratiques centrés sur les besoins des personnes contrevenantes afin de les accompagner dans l’élaboration et l’actualisation d’un projet de vie porteur de sens.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 7 mai 2021

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