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Béa Arruabarrena : Conservatoire national des arts et métiers
Cette communication porte sur le design de la participation des initiatives de métrologie citoyenne du projet de recherche Citin-Ambassad’air à Rennes, qui mettent à l’épreuve la participation annoncée comme promesse d’une « mise en capacité » nouvelle des citoyens vis-à-vis de la mesure de la pollution de l’air. Pourtant, Les travaux sur la participation citoyenne ont déjà montré « l’illusion participative » liée à ces pratiques, dans les écarts entre les discours institutionnels et le terrain résultant d’une tentative de mise en commun d’intérêts divergents entre citoyens et politiques. Dans un premier temps, nous exposerons une analyse de la participation citoyenne du projet Ambassad’air, et des ateliers de montage de capteurs, afin de comprendre pourquoi ces initiatives de métrologie citoyennes font l’objet de nombreuses défections dans le temps : quels dispositifs, quelles méthodologies participatives, quelles compétences (littéracies) sont mobilisés (approches socioconstructivistes, comportementales, etc.) ? Dans un second temps, nous proposerons selon une approche pragmatique de l’action et de l’activité une réflexion théorique sur le design participatif et ses différentes figures afin de contribuer au développement d’un design de la participation basé sur la médiation (modèles plus facilitateurs, moins prescriptifs), qui prenne en compte les compétences des acteurs, et leurs divergences de points de vue comme ressources de la participation.
Les initiatives de métrologie dite « citoyenne » se sont multipliées dans le monde en s’appuyant de manière extensive sur des dispositifs numériques et sur des dynamiques polycentriques cohabitant, plus ou moins consensuellement, avec les approches soutenues par l’acteur politique et public, les institutions scientifiques ou les organismes de santé. Désignées comme des pratiques de « popular epidemiology », de « citizen science », de « street science » ou encore d’« enviro-tracking », ces mesures citoyennes concernent de nombreux thèmes : qualité de l’air et de l’eau, pollens, biodiversité, nuisances sonores et olfactives, îlots de chaleur, radiations... Ces quantifications des milieux s’accompagnent d’une quantification intensive du soi (notamment dans le domaine de la santé). La datafication des milieux se prolonge ainsi jusqu’à un questionnement des rapports d’échelles (perceptions de soi, perception endogène de son habitat, de son territoire étendu, etc.). Tout cela s’inscrit dans un mouvement de tissage continu des données, des objets et des corps et se déploie sur fond de désir de données liées aux économies politiques discutées, controversées, incertaines (Carmes et Noyer, 2015; Saleh, 2018). D’un point de vue international, il s’agit d’examiner les différentes configurations de ces pratiques (leur renforcement) : politiques (cohabitation des initiatives « instituées – instituantes » avec une métrologie autonome, processus de concernement et d’implication des habitants); communicationnelles (modalités d’interaction et de coopération, dynamiques communautaires, médiations…); sociocognitives et socionumériques (littératie des données, production et interprétation des données, création de connaissances, rapports profanes-experts, open data, civic tech, crowdsensing); participatives et rôle des tiers lieux (« labo citoyen », fab labs...); configurations techniques et sémiotiques (IOT, capteurs, mobiles, interfaces, design des données).
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