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Kathleen Beuvelet : Université Toulouse-Jean-Jaurès
La violence chez l’adolescent est un phénomène sociétal plutôt actuel qui alimente les débats politiques mais aussi scientifiques. Elle s’inscrit au cœur d’enjeux complexes entre le soi et l’autre et déborde le seul champ des bouleversements psychiques, inhérents à la crise d’adolescence. Dans notre recherche, nous avons souhaité l’appréhender selon une perspective intra mais aussi intersubjective puisque une particulière attention est accordée à la dynamique familiale. En effet, l’adolescence, période emprunte d’importants remaniements, est un moment privilégié où les aléas et avatars de l’histoire familiale font irruption. Par conséquent, cette période complexe où se conjugue passé, présent et futur, est un moment propice à l’apparition de traces traumatiques héritées du passé. La violence actuelle de l’adolescent ne serait-elle pas alors une tentative de symboliser une violence familiale passée ? Autrement dit, à travers ce corps-à-corps violent, l’adolescent ne tenterait-il pas d’exprimer les expériences traumatiques familiales non élaborées ?
Tantôt réceptacle d’une violence subie, tantôt instrument d’une violence agie, le corps adolescent serait le théâtre de problématiques et conflits familiaux jamais résolus. Ainsi, il serait à envisager comme une voie d’expression de ce qui ne saurait se penser, de quelque chose de l’indicible, « d’un jamais su »…
Le corps est une notion transversale, reprise par de nombreuses disciplines au sein de différentes épistémologies. Au cœur même de la psychologie, le corps convoque de nombreuses significations ainsi que des représentations singulières et multiples. Que ce soit comme lieu premier de l’identité, comme marqueur culturel, comme objet de revendication ou encore comme voie d’expression de ce qui ne saurait se penser, le corps vient dire quelque chose de l’individu, de son monde interne, de son appartenance socioculturelle. Au-delà de ces différentes mises en sens, le corps est sur le devant de la scène dans nos sociétés contemporaines. Qu’il soit agi ou subi, il semble être le lieu de l’expression de la subjectivité, de l’appartenance familiale et culturelle. Que ce soit un corps investi, un corps objet de violence ou encore un corps en « désa-corps », il reste au cœur des objets d’étude de la psychologie. Cependant, dans un au-delà du lien inéluctable qui unit l’individu à son corps, ce dernier vient aussi et surtout révéler la société dans laquelle il évolue. De nombreuses problématiques contemporaines témoignent de cette dimension sociétale, que ce soit dans sa valence créative ou destructrice. Du corps sexuel au corps médicalisé — ou non — de l’enfantement, en passant par les violences — auto ou hétéroagressives — qui lui sont infligées, du corps porteur de la vie à celui porteur de l’histoire, il vient, en filigrane, nous parler d’un « jamais su », d’un impensé. Ainsi, ce que la psychologie apporte sur cette question, c’est ce regard clinique, cette possibilité de mise en sens, à l’entrecroisée des représentations sociales, culturelles et subjectives, dans la double inscription de l’individu dans sa singularité et dans la société.
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