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Charles Côté-Bouchard : Université de Montréal
Comment devrions-nous réagir à la prolifération d’informations trompeuses en ligne? Je distingue et rejette deux approches pour répondre à cette question: l’approche subjectiviste et l’approche objectiviste. La première s’inspire des théories épistémologiques internalistes et de l’épistémologie responsabiliste des vertus. Selon elle, notre devoir est d’être aussi épistémiquement responsables que possible; de faire de notre mieux pour suivre nos données probantes de façon rigoureuse, courageuse et ouverte. L’approche objectiviste s’inspire plutôt des théories externalistes en épistémologie. Selon elle, notre devoir est plutôt de nous fier uniquement aux sources et méthodes qui sont réellement fiables. Le problème avec l’approche objectiviste est qu’elle est peu adaptée à la question qui nous préoccupe. Le problème auquel nous faisons face nécessite un niveau de guidance que l’approche objectiviste ne fournit pas. L’approche subjectiviste, quant à elle, est mal adaptée au type de problème posé par la désinformation en ligne. Je soutiens qu’étant donné les particularités de ce problème, une personne faisant vraiment de son mieux pour être épistémiquement responsable sera menée à une forme plus ou moins forte de pyrrhonisme digital faisant primer la suspension du jugement. Cela rend le remède subjectiviste pire que le mal. En ligne, il est épistémiquement préférable de ne pas chercher à être épistémiquement admirable.
Afin de faire écho au thème du 89e Congrès de l’Acfas, intitulé Sciences, innovations, sociétés, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir à la complexité et à la richesse des rapports (passés, présents et futurs) entre science, philosophie et société.
Érigées en champs de recherche autonomes, la philosophie et la science se sont développées de concert, nouant à chaque époque des rapports singuliers mais aussi changeants. Dans l’Antiquité, la philosophie s’institue en rupture avec l’opinion et coïncide avec la science en tant que quête de la vérité. À l’époque moderne, l’expression philosophie naturelle évoque encore l’idée selon laquelle la science et la philosophie relèvent d’une même entreprise intellectuelle.
Du tronc commun auquel elles appartenaient jusqu’alors, la physique, la chimie, la biologie et la psychologie s’autonomisent entre le 17e et le 19e siècle. Au 20e siècle, la phénoménologie et la philosophie analytique vont s’engager dans des voies qui opposeront frontalement science et philosophie. Néanmoins, dans le sillage du retour du naturalisme, les rapports entre la philosophie et les sciences empiriques seront une fois de plus appelés à se réinventer. Parfois envisagées comme étant « sur le même bateau », la science et la philosophie ont connu un nouveau rapprochement qui déboucha plus récemment sur l’idée d’une « philosophie expérimentale ».
Alors que la science est appelée à servir de fondement à la décision politique, réfléchir aux configurations qu’ont connues la science et la philosophie dans l’histoire de la pensée philosophique conduit à interroger de nouveau le rôle de la philosophie dans la science et dans la société plus largement. Comment et par quelles voies la philosophie peut-elle contribuer à la science? Inversement, qu’est-ce que la science peut amener à la philosophie, et comment décrire cet apport? Et comment ce dialogue pourrait-il enrichir la contribution de la philosophie aux grands débats de société?
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