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Émile Roch : Telecom Paris Institut Polytechnique
Le fleurissement des démarches d'éco conception qu'a fait naître la prise de conscience de la crise climatique n'a pas permis la réduction radicale des impacts de celle-ci. Les usagers appliquent des modes de consommation typiques d'une société ultra-consumériste à ces dispositifs éco-conçus. Des modes de vie différents peinent à se mettre en place si les usagers ne sont pas acteurs de leurs changements.
Il est aujourd'hui évident que les manières de faire écoconception qui s'inscrivent dans une optique de croissance verte appartiennent au néolibéralisme contemporain qui déconnecte les dispositifs de leurs objectifs et de leurs usagers.C'est dans ce contexte que certains chercheurs, créateurs et usagers ont pensé de nouvelles façons d'éco-concevoir en travaillant sur le paradigme de la capacité de changer.
Dans le but de pousser et promouvoir ces idées et projets un design-fiction permettrait d'envisager une société sans effet de rebond. Celui-ci s'accompagnerait d'une pratique de fabrication, émancipatrice de par son contexte fictif, pour l'usager. Cette société pourra être présentée à travers une installation se développant au fur et à mesure de la participation des visiteurs, immergés dans un story-telling, suivant les codes du théâtre participatif.
L’effet rebond environnemental, aussi dénommé paradoxe de Jevons, constitue l’un des obstacles les plus redoutables pour la reconstruction écologique de nos sociétés. Par cet effet, une meilleure performance environnementale relative des biens et des services peut conduire à une augmentation plus que proportionnelle de leurs usages. Ainsi, conjointement à la généralisation des démarches d’écoconception des produits et des services, la taille des voitures et des écrans augmente, le rythme de renouvellement des appareils électroniques s’accélère, le confort thermique tend à s’accroître et on parcourt de plus grandes distances en voiture ou en avion. Et il en résulte globalement une plus grande pression sur les ressources et l’environnement.
L’effet rebond peut en effet être associé à un paradoxe au cœur de l’Anthropocène : on n’a jamais réalisé autant d’analyses de cycle de vie (ACV) et déployé de démarches d’écoconception dans les organisations, alors que, cependant, les émissions de GES continuent d’augmenter et les ressources et la biodiversité de s’épuiser. En suivant l’analyse thématisée par le sociologue Michel Callon sur les cadrages-débordements (Callon, 1999), on pourrait dire que le cadrage opéré par le mythe rationnel de l’écoconception dans le paradigme de la croissance verte est sans cesse menacé de débordement par l’effet rebond.
Dès lors, une hypothèse que nous souhaitons aborder de manière interdisciplinaire dans ce colloque est que ce paradoxe ne peut être surmonté dans le paradigme de la croissance verte, mais qu’il appelle une rupture paradigmatique, une logique nouvelle de post-croissance, ou de « prospérité sans croissance », et que la maîtrise des effets rebonds environnementaux constituerait une politique innovante de sobriété et de décroissance.
Titre du colloque :