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Antoine C. Dussault : Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST)
Dans cette présentation, je me pencherai sur la proposition de Simon Hailwood (1999; 2000) selon laquelle la nature sauvage pourrait se voir attribuer une valeur non-instrumentale en vertu de son altérité par rapport à l’être humain. Je tenterai de voir dans quelle mesure cette proposition fournit une réponse aux critiques de la préservation de la nature sauvage faisant valoir que celle-ci repose sur un dualisme humain-nature peu compatible avec la perspective darwinienne (Callicott [1991] 2010; Vogel 2003). L’enjeu sera de déterminer si le caractère relationnel de la valeur d’altérité, et en particulier le fait que l’altérité dont il est question se définit en relation à l’être humain, compromet son aptitude à constituer une valeur non-instrumentale. Je chercherai en d’autres termes à voir si la valeur d’altérité de la nature sauvage est anthropocentrée en un sens qui la rend en définitive instrumentale. J’analyserai cette question en introduisant certaines distinctions élaborées en éthique fondamentale quant aux diverses manières selon lesquelles une valeur peut être conçue comme relationnelle et/ou instrumentale (Korsgaard 1983; Rabinowicz et Rønnow-Rasmussen 1999; Bradley 2001; Rønnow-Rasmussen 2002). Je soutiendrai que, lorsque ces distinctions sont adéquatement prises en compte, l’idée d’attribuer une valeur non-instrumentale à la nature sauvage en vertu de son altérité ne pose pas problème.
Afin de faire écho au thème du 89e Congrès de l’Acfas, intitulé Sciences, innovations, sociétés, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir à la complexité et à la richesse des rapports (passés, présents et futurs) entre science, philosophie et société.
Érigées en champs de recherche autonomes, la philosophie et la science se sont développées de concert, nouant à chaque époque des rapports singuliers mais aussi changeants. Dans l’Antiquité, la philosophie s’institue en rupture avec l’opinion et coïncide avec la science en tant que quête de la vérité. À l’époque moderne, l’expression philosophie naturelle évoque encore l’idée selon laquelle la science et la philosophie relèvent d’une même entreprise intellectuelle.
Du tronc commun auquel elles appartenaient jusqu’alors, la physique, la chimie, la biologie et la psychologie s’autonomisent entre le 17e et le 19e siècle. Au 20e siècle, la phénoménologie et la philosophie analytique vont s’engager dans des voies qui opposeront frontalement science et philosophie. Néanmoins, dans le sillage du retour du naturalisme, les rapports entre la philosophie et les sciences empiriques seront une fois de plus appelés à se réinventer. Parfois envisagées comme étant « sur le même bateau », la science et la philosophie ont connu un nouveau rapprochement qui déboucha plus récemment sur l’idée d’une « philosophie expérimentale ».
Alors que la science est appelée à servir de fondement à la décision politique, réfléchir aux configurations qu’ont connues la science et la philosophie dans l’histoire de la pensée philosophique conduit à interroger de nouveau le rôle de la philosophie dans la science et dans la société plus largement. Comment et par quelles voies la philosophie peut-elle contribuer à la science? Inversement, qu’est-ce que la science peut amener à la philosophie, et comment décrire cet apport? Et comment ce dialogue pourrait-il enrichir la contribution de la philosophie aux grands débats de société?
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