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Manon Garcia : Yale University
La soumission des femmes est traditionnellement attribuée à une disposition morale qu’auraient les femmes et qui serait propre à leur nature. Contre cette vision, je développerai la thèse selon laquelle la soumission des femmes n’est pas le résultat d’une disposition irrationnelle mais le résultat de choix rationnels, au sens le plus restrictif du terme, à savoir celui utilisé par les théories du choix rationnel (TCR). Étant donné l’androcentrisme et les effets pervers des TCR à l’endroit des femmes mis en évidence par les théoriciennes féministes, utiliser le cadre des TCR pour démontrer que la soumission des femmes en contexte patriarcal est une réfutation maximaliste de l’hypothèse de l’irrationalité de la soumission féminine. Cette démonstration me permet de montrer que comprendre la soumission des femmes comme un choix rationnel est nécessaire pour l’identifier comme un problème de justice et non comme un comportement individuel à décrire et évaluer.
Afin de faire écho au thème du 89e Congrès de l’Acfas, intitulé Sciences, innovations, sociétés, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir à la complexité et à la richesse des rapports (passés, présents et futurs) entre science, philosophie et société.
Érigées en champs de recherche autonomes, la philosophie et la science se sont développées de concert, nouant à chaque époque des rapports singuliers mais aussi changeants. Dans l’Antiquité, la philosophie s’institue en rupture avec l’opinion et coïncide avec la science en tant que quête de la vérité. À l’époque moderne, l’expression philosophie naturelle évoque encore l’idée selon laquelle la science et la philosophie relèvent d’une même entreprise intellectuelle.
Du tronc commun auquel elles appartenaient jusqu’alors, la physique, la chimie, la biologie et la psychologie s’autonomisent entre le 17e et le 19e siècle. Au 20e siècle, la phénoménologie et la philosophie analytique vont s’engager dans des voies qui opposeront frontalement science et philosophie. Néanmoins, dans le sillage du retour du naturalisme, les rapports entre la philosophie et les sciences empiriques seront une fois de plus appelés à se réinventer. Parfois envisagées comme étant « sur le même bateau », la science et la philosophie ont connu un nouveau rapprochement qui déboucha plus récemment sur l’idée d’une « philosophie expérimentale ».
Alors que la science est appelée à servir de fondement à la décision politique, réfléchir aux configurations qu’ont connues la science et la philosophie dans l’histoire de la pensée philosophique conduit à interroger de nouveau le rôle de la philosophie dans la science et dans la société plus largement. Comment et par quelles voies la philosophie peut-elle contribuer à la science? Inversement, qu’est-ce que la science peut amener à la philosophie, et comment décrire cet apport? Et comment ce dialogue pourrait-il enrichir la contribution de la philosophie aux grands débats de société?
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