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Cecile Gagnon : Université de Montréal
Dans cette communication, je suggérai que les personnes anorexiques s’infligent une forme particulière de violence épistémique lorsqu’elles ignorent volontairement les symptômes de leur maladie. Pour ce faire, dans une démarche inspirée par la phénoménologie de la maladie de Havi Carel, je présenterai d’abord le rapport particulier qu’entretiennent les filles et les femmes anorexiques avec leur corps à l’aide de trois axes d’analyse empruntés à Susan Bordo, soit le dualisme corps/esprit, les idéaux de contrôle et d’autonomie, et les rapports de genre. Je proposerai ensuite le concept de violence épistémique auto-infligée en montrant que l’ignorance volontaire de la faim a pour objectif de préserver l’identité des filles et des femmes anorexiques comme étant en contrôle et autonomes ; autrement dit, comme n’étant pas « malades » selon la définition de la maladie de Carel et Toombs.
Afin de faire écho au thème du 89e Congrès de l’Acfas, intitulé Sciences, innovations, sociétés, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir à la complexité et à la richesse des rapports (passés, présents et futurs) entre science, philosophie et société.
Érigées en champs de recherche autonomes, la philosophie et la science se sont développées de concert, nouant à chaque époque des rapports singuliers mais aussi changeants. Dans l’Antiquité, la philosophie s’institue en rupture avec l’opinion et coïncide avec la science en tant que quête de la vérité. À l’époque moderne, l’expression philosophie naturelle évoque encore l’idée selon laquelle la science et la philosophie relèvent d’une même entreprise intellectuelle.
Du tronc commun auquel elles appartenaient jusqu’alors, la physique, la chimie, la biologie et la psychologie s’autonomisent entre le 17e et le 19e siècle. Au 20e siècle, la phénoménologie et la philosophie analytique vont s’engager dans des voies qui opposeront frontalement science et philosophie. Néanmoins, dans le sillage du retour du naturalisme, les rapports entre la philosophie et les sciences empiriques seront une fois de plus appelés à se réinventer. Parfois envisagées comme étant « sur le même bateau », la science et la philosophie ont connu un nouveau rapprochement qui déboucha plus récemment sur l’idée d’une « philosophie expérimentale ».
Alors que la science est appelée à servir de fondement à la décision politique, réfléchir aux configurations qu’ont connues la science et la philosophie dans l’histoire de la pensée philosophique conduit à interroger de nouveau le rôle de la philosophie dans la science et dans la société plus largement. Comment et par quelles voies la philosophie peut-elle contribuer à la science? Inversement, qu’est-ce que la science peut amener à la philosophie, et comment décrire cet apport? Et comment ce dialogue pourrait-il enrichir la contribution de la philosophie aux grands débats de société?
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