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L'effet rebond comme paradoxe englobant : un gouvernement impossible ?

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Marie-Luc Arpin : Université de Sherbrooke

Résumé de la communication

L’effet rebond inquiète de plus en plus – et a fortiori son cas extrême : le paradoxe de Jevons. À travers lui, une politique d’efficacité énergétique, de lutte au changement climatique, ou de gestion des matières résiduelles peut se retourner contre elle-même en engendrant l’augmentation de l’impact environnemental qu’elle était censée réduire. Ainsi, pour quiconque intervient dans la prise de décisions et/ou l'élaboration de politiques publiques, l’effet rebond apparaît comme un paramètre qu’il faut nécessairement apprendre à intégrer au plus tôt. En outre, le phénomène fait l’objet d’une attention interdisciplinaire et médiatique croissante. La question de savoir comment « gérer » l’effet rebond semble donc couler de source. Et pourtant, du fait de sa structure fondamentalement paradoxale, la possibilité de concevoir l’effet rebond comme un problème-à-résoudre ne va pas de soi. Alors, comment prendre au sérieux sa dimension paradoxale? Ou comment le gouverner en tant que paradoxe, c’est-à-dire sans l’assimiler au modèle du problème-à-résoudre? En misant sur un retour aux racines de la gestion de l’extraordinaire, cette communication explore l’idée selon laquelle c’est le geste qui instruit au mieux la décision dans une telle circonstance, et qui dote ce faisant l’action managériale (ou le gouvernement) d’une capacité à innover de manière à la fois décisive et imprévisible. Ainsi, la lutte aux effets rebonds y est envisagée surtout comme un art de l’improvisation.

Résumé du colloque

L’effet rebond environnemental, aussi dénommé paradoxe de Jevons, constitue l’un des obstacles les plus redoutables pour la reconstruction écologique de nos sociétés. Par cet effet, une meilleure performance environnementale relative des biens et des services peut conduire à une augmentation plus que proportionnelle de leurs usages. Ainsi, conjointement à la généralisation des démarches d’écoconception des produits et des services, la taille des voitures et des écrans augmente, le rythme de renouvellement des appareils électroniques s’accélère, le confort thermique tend à s’accroître et on parcourt de plus grandes distances en voiture ou en avion. Et il en résulte globalement une plus grande pression sur les ressources et l’environnement.

L’effet rebond peut en effet être associé à un paradoxe au cœur de l’Anthropocène : on n’a jamais réalisé autant d’analyses de cycle de vie (ACV) et déployé de démarches d’écoconception dans les organisations, alors que, cependant, les émissions de GES continuent d’augmenter et les ressources et la biodiversité de s’épuiser. En suivant l’analyse thématisée par le sociologue Michel Callon sur les cadrages-débordements (Callon, 1999), on pourrait dire que le cadrage opéré par le mythe rationnel de l’écoconception dans le paradigme de la croissance verte est sans cesse menacé de débordement par l’effet rebond.

Dès lors, une hypothèse que nous souhaitons aborder de manière interdisciplinaire dans ce colloque est que ce paradoxe ne peut être surmonté dans le paradigme de la croissance verte, mais qu’il appelle une rupture paradigmatique, une logique nouvelle de post-croissance, ou de « prospérité sans croissance », et que la maîtrise des effets rebonds environnementaux constituerait une politique innovante de sobriété et de décroissance.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 9 mai 2022

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