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Nicolas Petel-Rochette : UQAM - Université du Québec à Montréal
En 2006, Alban Bensa a invectivé l’anthropologie en la sommant d’effectuer un « retour au réel ». Pour lui, ce « retour » vers l’empirie devait permettre de tourner la page des grands modèles analytiques (tel que le structuralisme) depuis lesquels les particularités des phénomènes sociaux perdaient leur singularité historique. Cependant, n’est-ce pas précisément le lien entre systèmes symboliques précis et leur mise en pratique située que tentait d’élucider le structuralisme? La relation entre signe et signifiant n’était-elle pas justement abordée comme vecteur d’organisation sociale et activité productrice de sens, étant en cela cruciale pour quiconque tente de comprendre les logiques culturelles propres à une société? Qu’en est-il de cet appel à regarder « les choses en face »? Cette volonté d’une enquête ethnographique « dépouillée » de tout biais sémiologique ne comporte-t-elle pas certains risques méthodologiques et épistémologiques? Situant mes réflexions dans le paradoxe ouvert par l’appel réaliste de Bensa, cette communication tâchera de problématiser un jeu de signes face auquel mes recherches anthropologiques actuelles font face : l’usage singulier de ce que la viande dit et fait par le parti d’extrême droite espagnol Vox ; lorsqu’ingérée, la chair n’est-elle que réelle, brute? Ne consomme-t-on pas aussi un signe? Comment rendre compte en anthropologie de ce débordement du signe dans le corps sans soi-même faire corps avec le réalisme de « leur » sens commun?
Les études sémiotiques et l’anthropologie connaissent des recoupements disciplinaires évidents, qui ne sont toutefois pas toujours reconnus ou travaillés comme tels. Toutes deux constituent des champs disciplinaires très vastes, qui comprennent des sous-domaines d’étude relativement autonomes, dont l’objet est dans tous les cas multiforme. Si l’anthropologie étudie l’humain, les sociétés et les cultures humaines, elle multiplie pour ce faire ses focales, ses méthodes, ses approches et ses visées, se penchant tant sur le processus biologique d’hominisation et les vestiges archéologiques des sociétés passées que sur la dimension symbolique et les diverses pratiques inhérentes aux cultures et sous-cultures contemporaines. De leur côté, les études sémiotiques traitent des signes et des médiations au moyen desquels les êtres vivants communiquent, interprètent et organisent le monde symbolique et pratique dans lequel ils évoluent au quotidien. En restreignant l’objet de la sémiotique à la sphère d’influence de l’activité humaine, et en considérant l’activité signifiante comme base de toute interaction humaine, nous posons que signe et sens commun forment un seuil pour l’étude des pratiques et des cultures humaines. Mais encore faut-il montrer la pertinence d’établir un seuil aussi fondamental. Ce colloque invite les chercheurs·euses œuvrant en sémiotique, en anthropologie (ou disciplines connexes : ethnologie, linguistique, sociologie, arts et lettres, communication, etc.) à venir partager l’état de leurs recherches et travaux sur les signes humains. Nous intéressent : les pratiques sémiotiques ordinaires, politiques ou artistiques, et plus largement les systèmes de signes, de croyances et l’implication des axiologies sur les échanges et la circulation des biens symboliques dans l’espace public, au sein des groupes humains et des cultures, les méthodes d’enquête en vue d’étudier de tels phénomènes aussi bien que les excursions théoriques qui en découlent.
Titre du colloque :