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Wellya Jean-Jacques : CIRCACIA
Dans cette communication, nous abordons la question de la prise en compte réelle de la diversité humaine, linguistique et culturelle en Guyane pour les publics autochtones scolarisés. Nous analysons l’absence d’alternative au dispositif des « Intervenants en langue maternelle (ILM) », alors même que les élèves des six nations autochtones de Guyane sont en contact, par le biais de leur vie sociale, tant scolaire qu'extra-scolaire, avec toutes les langues parlées en Guyane et les cultures qu’elles produisent.
Le dispositif des ILM fut déclenché à la fin des années 1990 en réponse aux demandes de la génération précédente, principalement kali’na (1984). Cependant, force est de constater que ce dispositif, conçu initialement comme une expérimentation, devient caduque. Le temps administratif différant du temps social, les autres langues parlées en Guyane (et leurs cultures) sont elles-mêmes superficiellement assimilées par tous les élèves, y compris par les élèves autochtones. De plus, le programme national doit être respecté à la lettre par les enseignants, alors qu’une adaptation géo-culturelle s’impose.
Nous discuterons ici les nombreuses interférences à la consolidation des langues et cultures autochtones présentées comme des mesures de coopération entre les instances scolaires et les communautés et populations autochtones. Nous postulons que ce dispositif se retourne contre les populations scolaires pour lesquelles il a été conçu.
Problématique
Si l’on considère que les savoirs circulent davantage à notre siècle qu’aux précédents, il convient néanmoins de (se) poser la question de leur démocratisation. En effet, une meilleure accessibilité aux savoirs implique-t-elle leur démocratisation? C’est tout l’enjeu de ce colloque.
On interrogera dans ce colloque les savoirs au pluriel, c’est-à-dire tant les savoirs scolaires, officiels (universités, instituts de recherche, etc.), que les savoirs endogènes. Par savoirs endogènes, on inclut les savoirs considérés ou vécus comme traditionnels. Dans cet ordre d’idées, on envisage les rapports entre les savoirs. Mais qui décide de leur visibilité et de leur transmission à grande échelle? Une indéniable concurrence idéologique existe entre des savoirs propres, c’est-à-dire à soi, et des savoirs majoritaires, souvent impropres, non pertinents, parce qu’imposés, trop généralisés (Deleuze et Guattari, 1980 et 1991). C’est également ce que montre le théoricien du contrôle culturel, l’anthropologue mexicain Guillermo Bonfil Batalla (1991), en proposant une catégorisation qui définit les éléments culturels selon que les décisions sont propres ou extérieures. Dans certains de ces cas, il y a résistance à l’absorption d’une culture par une autre.
On peut légitimement s’interroger sur ces conflits entre les savoirs : comment faire pour que la démocratisation n’empêche pas certains savoirs d’être reconnus à leur juste valeur? Nous constatons pourtant que certains éléments culturels de sociétés données peuvent devenir des postulats universalisables (pharmacopées autochtones d’Amazonie, cas des savoirs féminins sur la pêche en Afrique de l’Ouest, etc.), mais sont cependant discrédités et/ou poussés vers l’invisibilité.
Si l’on accepte, avec certains philosophes, que des populations de cultures endogènes et/ou autochtones sont à même de créer des concepts nouveaux, de sens différents, on ne peut nier leur capacité à produire des néologismes ou des sens re-signifiés. C’est donc une question de catégorisation sociale ou raciale, y compris en ce qui concerne l’inégalité entre les sexes. Car la « valence différentielle des sexes » (Héritier, 1996) est en passe de devenir, non sans mal, un objet de recherche légitime avec l’acceptation progressive de l’axiome selon lequel « la question de l’inégalité des sexes est éminemment politique. Ce modèle inégal est la matrice de tous les autres régimes d’inégalité » (Héritier), comme le montre son corollaire, la notion de « sexage » (Guillaumin, 1992).
Le fond de la question serait donc ici la position de subalternité imposée par les dominants dans la dynamique de coexistence des savoirs. Les dominé‑e‑s ont leur propre mode de certification et de validation des savoirs. Après James C. Scott (1990), il est reconnu que les subalternes développent une politique souterraine et résistent, de façon plus ou moins dissimulée, aux discours et aux pouvoirs dominants. Ils et elles imaginent un ordre social différent.
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