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Frédérique De Vignemont : Centre national de la recherche scientifique
Afin de clarifier le décalage fréquent entre le corps tel que nous le ressentons et tel qu’il est réellement, une distinction s’est établie ces dernières années entre le schéma corporel, principalement utilisé pour agir, et l’image corporelle, qui reflète le corps conscient. Même si nous n’avons qu’un seul corps, la perception et l'action ne requièrent pas les mêmes transformations des signaux sensoriels, ni n’ont les mêmes exigences cognitives. On peut donc comprendre que dans certaines situations, le corps dont nous avons l’expérience (basé sur l’image corporelle) ne s’accorde pas avec le corps en mouvement (basé sur le schéma corporel). Cependant, le cerveau tend à chercher des compromis face aux conflits majeurs. Il doit donc exister un seuil à partir duquel le système cherche à rétablir une harmonie entre les différentes représentations. Pour éviter le risque d’un soi corporel fracturé, il est nécessaire d’établir une communication, qui passe par un processus de réécriture d’une représentation corporelle par l’autre, et vice-versa. Leur contenu respectif est alors tempéré afin de maximiser leur cohérence. Comment cette interaction opère, c’est là une question encore peu étudiée que nous explorerons ici.
La perception qu’un individu se fait de son propre corps est multiple. Dans une perspective neuro-cognitive, les perceptions et les représentations corporelles seraient au minimum de deux sortes, c’est-à-dire l’image du corps d’un côté et le schéma corporel de l’autre.
L’image du corps renvoie à une représentation consciente de son corps qui regroupe les attitudes, les émotions envers ce dernier et provenant de celui-ci, associée à sa perception visuelle. Par exemple, penser ou imaginer son corps comme gros, en lien avec une insatisfaction corporelle. Le schéma corporel quant à lui renvoie à une représentation plus inconsciente de notre corps, support de l’action motrice, de la perception tactile. Par exemple, l’encodage et la perception correcte de notre morphologie nous permet de nous déplacer correctement dans notre environnement sans heurt.
Des altérations diffuses de ces perceptions corporelles sont observées dans divers contextes pathologiques (anorexie mentale, postchirurgie, douleur chronique, psychose) qui ne semblent pourtant pas directement liés les uns aux autres. Cela vient questionner le lien entre image du corps et schéma corporel, l’incidence qu’ont ces distorsions sur l’origine et le maintien de ces troubles, ainsi que la nécessité de mieux évaluer ces distorsions pour mieux les prendre en charge.
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