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Valérie Bienvenue : Université de Montréal
Depuis des siècles, la figure du centaure, ou ici plus précisément celle de la centauresse, propose visuellement une interpénétration des corps équins et humains. Créature mythique, la centauresse est le foyer d’une limite indécise entre deux états. Philosophiquement, elle inspire les cavaliers et cavalières à atteindre les plus hautes sphères de réussite. En art, l’imaginaire romantique entourant le symbole de la centauresse est tel qu’on y « voit », entre les espèces, un attachement sans attache, sans emprise ni domination, où aucune forme de domptage n’intervient. Mais vu de plus près, la répartition des corps amalgamés de la centauresse expose certaines inégalités. Sans prétendre que cet être hybride n’est qu’une « seule chose », cette présentation mettra en exergue des avenues à explorer, et quelques précisions à apporter, sur l’idée de « communion » généralement adoptée à l’égard du symbole. La centauresse d’Auguste Rodin, sera examinée pour son caractère unique, sans toutefois être exclue de son clan d’attache, constitué de multiples versions imaginées par l’artiste. Aussi, La centauresse héberge maintes tensions, apparentes chez ses consœurs issues de la culture visuelle, et des arts modernes et même contemporains. Un examen approfondi de l’œuvre mettra à la vue la pertinence d’un questionnement rigoureux vis-à-vis de quelques idées portées sur le dos de la créature, et influençant encore aujourd’hui certaines conceptions des relations interespèces.
Quelle place accorder à l’image dans cette reconnaissance du sujet animal? La montée en popularité des études animales au sein des sciences humaines et sociales n’a eu jusqu’à présent que trop peu d’échos dans le domaine de l’histoire de l’art et des études visuelles. Dès la fin du XIXe siècle pourtant, les organisations de défense des animaux ont recours à des représentations artistiques (Landseer, Bonheur) dans leurs campagnes de communication et de sensibilisation au bien-être animal. Aujourd’hui, les groupes animalistes misent principalement sur le pouvoir de conviction des images de l’outrage et de l’indignation. La visualité du sujet animal n’est cependant pas réductible à ces emplois caritatifs et militants. Des photographies animalières ludiques (Frees), substrats de discours pédagogiques, moraux ou encore publicitaires (Chandoha) inondent au même moment le supermarché des images. Ce fort courant qui traverse tout le XXe siècle trouve aujourd’hui son apothéose dans les vidéos ludiques de chatons qui pullulent sur la Toile. Avec ces millions de vues, cette iconographie de la mignonnerie animale occupe le premier rang parmi le répertoire des représentations animalières contemporaines. Le reportage animalier, qu’il soit diffusé sur des chaînes spécialisées ou présenté dans le cadre de concours internationaux de photographie, spectacularise pour sa part les merveilles et les périls du monde animal. Si diverses dans leurs manières d’appréhender le fait animal, les pratiques artistiques, pour plusieurs d’entre elles, redéfinissent les ambitions caritatives, ludiques et heuristiques portées par ces régimes visuels, en remettant en cause la position d’autorité du spectateur devant le sujet animal.
Qu’elles ravissent, indignent, instruisent ou émeuvent, les représentations animalières en appellent aux affects du spectateur, ainsi qu’à sa capacité d’insérer ces images dans une histoire de la visualité du sujet non humain. C’est à l’examen de ces formes de visualité que ce colloque est consacré.
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