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Maude Jodoin Léveillée : Université de Montréal
Les résultats de ma thèse portant sur les trajectoires militantes de Togolaises promouvant les droits des femmes ont montré que c’était principalement les femmes cisgenres, hétérosexuelles, sans handicap, de la classe moyenne, éduquées et vivant en ville qui étaient particulièrement représentées et actives dans le milieu associatif « féministe » togolais. Cette communication cherchera d’abord à s’interroger sur la nature des inégalités et des rapports de pouvoir présents au sein du mouvement féministe togolais et à la manière dont ils affectent la capacité des femmes à accéder au milieu associatif et à des postes de responsabilité au sein de ce milieu. En plus de mettre en lumière les femmes invisibilisées et sous-représentées dans le mouvement féministe togolais, cette communication vise également à questionner la pertinence d’étudier les rapports de pouvoir traditionnellement explorés par la théorie de l'intersectionnalité (patriarcat, racisme, hétérosexisme, capacitisme) au sein des mouvements féministes ouest africains.
Les résultats présentés dans cette communication reposent sur des données qualitatives récoltées au Togo sur une période de deux ans, combinant entretiens semi-dirigés et observation.
Bref, à partir de l’étude de cas du mouvement féministe togolais, il s’agira de reconnaître les rapports de pouvoir qui s’y immiscent et de réfléchir à la pertinence d’utiliser les catégories « traditionnelles » de l’intersectionnalité en contexte ouest-africain.
Depuis les années 2000, l’« intersectionnalité » a connu un succès inégalé, notamment dans les études féministes (Bilge, 2015). Alors que cette approche semble être devenue une bonne pratique pédagogique (ibid.), de plus en plus de militant‑e‑s et de chercheur‑se‑s décrient sa dépolitisation, et même son instrumentalisation : l’intersectionnalité devient une marque qui « paraît bien » (Tlostanova,2015). Cette approche se voit même de plus en plus intégrée aux politiques tant nationales qu’internationales (Collins et Bilge, 2016), en plus d’être largement mobilisée par les universitaires, les discours publics ou les organisations internationales. Ce concept et cette approche sont devenus si à la mode que l’on remet en question leur charge heuristique et leur portée critique.
Une telle visibilité des approches intersectionnelles pourrait laisser croire qu’elle s’accompagne d’un rééquilibrage des inégalités sociales multiples que cette approche veut déconstruire. Or, de nombreux travaux démontrent au contraire que les rapports de pouvoir perdurent et se renouvellent, sans compter que la pandémie actuelle a été accompagnée d’un durcissement de ces inégalités touchant notamment différemment des groupes moins privilégiés et plus vulnérables (Froidevaux-Metterie, 2020).
L’année dernière, notre panel s’était concentré sur les approches genrées/féministes. Cette année, nous proposons une rencontre autour de l’engouement quant à l’intersectionnalité. Nous l’articulerons autour de plusieurs axes de réflexion, allant des enjeux liés à l’instrumentalisation de ces approches, aux « interstices » qui n’ont pas ou qui ont peu fait l’objet d’une analyse tenant réellement compte d’une hétérogénéité des expériences d’oppression. Quels sont ces interstices et comment leur analyse fait-elle apparaître des réalités sociales jusqu’ici restées dans l’ombre? L’instrumentalisation de ce concept parfois de manière apolitique ne participerait-elle pas à dissimuler les dynamiques inégalitaires plurielles constitutives des rapports de pouvoir? Autant de questions que nous aborderons entre chercheur‑se‑s issu‑e‑s d’horizons divers.
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