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Marion Le Torrivellec : Université Toulouse-Jean-Jaurès
Depuis quelques années, le marché de l’animal de compagnie se trouve sensiblement modifié par la tendance à la miniaturisation des espèces. L’homme intervient sur le vivant pour en modifier l’échelle, jouant au démiurge pour faire exister de nouvelles espèces toujours plus petites. La dénaturalisation de l’espèce, sa désanimalisation, s’entend dans le nom qu’on leur donne : mini, toy ou encore extra toy. Cependant, ce phénomène n’est pas nouveau. Au XVIIIe siècle, le pet (du français petit) prenait tout son sens lorsqu’il s’illustrait en lapdog, sur les genoux de sa maîtresse, maternante et épanouie. Nous touchons alors à ce qui fait la particularité de cette relation : en choisissant un animal miniature, le caractère de la bête s’estompe pour n’être plus que l’écran de nos projections. Nous remarquons les caractères néoténiques des petits chiens: « face plate, yeux démesurés, membres courts et arqués, démarche maladroite, voix haut perchée » (Digard, 1999/2009). Ces critères esthétiques déterminent ce qui est mignon et nous constatons que les chiens du XVIIIe siècle y correspondent tout autant que les photos de nos animaux de compagnie qui inondent aujourd’hui Instagram. L’innocence et la pureté enfantine revendiquées par le kawaï nous invitent à interroger le statut de ces images, piliers des échanges sociaux, et dont la portée s’avère assurément politique.
Quelle place accorder à l’image dans cette reconnaissance du sujet animal? La montée en popularité des études animales au sein des sciences humaines et sociales n’a eu jusqu’à présent que trop peu d’échos dans le domaine de l’histoire de l’art et des études visuelles. Dès la fin du XIXe siècle pourtant, les organisations de défense des animaux ont recours à des représentations artistiques (Landseer, Bonheur) dans leurs campagnes de communication et de sensibilisation au bien-être animal. Aujourd’hui, les groupes animalistes misent principalement sur le pouvoir de conviction des images de l’outrage et de l’indignation. La visualité du sujet animal n’est cependant pas réductible à ces emplois caritatifs et militants. Des photographies animalières ludiques (Frees), substrats de discours pédagogiques, moraux ou encore publicitaires (Chandoha) inondent au même moment le supermarché des images. Ce fort courant qui traverse tout le XXe siècle trouve aujourd’hui son apothéose dans les vidéos ludiques de chatons qui pullulent sur la Toile. Avec ces millions de vues, cette iconographie de la mignonnerie animale occupe le premier rang parmi le répertoire des représentations animalières contemporaines. Le reportage animalier, qu’il soit diffusé sur des chaînes spécialisées ou présenté dans le cadre de concours internationaux de photographie, spectacularise pour sa part les merveilles et les périls du monde animal. Si diverses dans leurs manières d’appréhender le fait animal, les pratiques artistiques, pour plusieurs d’entre elles, redéfinissent les ambitions caritatives, ludiques et heuristiques portées par ces régimes visuels, en remettant en cause la position d’autorité du spectateur devant le sujet animal.
Qu’elles ravissent, indignent, instruisent ou émeuvent, les représentations animalières en appellent aux affects du spectateur, ainsi qu’à sa capacité d’insérer ces images dans une histoire de la visualité du sujet non humain. C’est à l’examen de ces formes de visualité que ce colloque est consacré.
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