pen icon Colloque
quote

De l’injonction d’autocontrainte au travail émotionnel : l’enfance face à la régulation des affects.

MB

Membre a labase

Marie-Laurence Bordeleau-Payer : UQO - Université du Québec en Outaouais

Résumé de la communication

Aussi loin que l’on regarde en arrière, la progression de l’autocontrainte apparait comme le critère le plus significatif du processus de civilisation (Elias, 2003). Cette injonction d’autocontrôle promue par l’ensemble des institutions s’impose très tôt dans le développement de l’enfant par le biais de l’intériorisation des normes émotionnelles et de la pacification des affects. C’est dans cet horizon que les institutions éducatives et les politiques sociales contemporaines s’appliquent à « agir tôt » dans le développement socio-émotionnel du petit individu en privilégiant une orientation comportementaliste (Dugas, 2018). Or, en marge de l’approche biomédicale dominante, certaines alternatives pédagogiques visant à favoriser une « meilleure » gestion des émotions sont parallèlement développées et implantées dans le réseau scolaire québécois. Le programme « Vers le Pacifique » constitue une de ces avenues socio-éducatives ayant pour objectif d’inculquer le «travail émotionnel» (Hochschild, 2017), de même que la résolution pacifique des conflits. D’un point de vue analytique, il convient de situer cette approche dans le procès de civilisation des pulsions agressives et faisant désormais de l’école un lieu d’apprentissage de la maitrise des émotions. Cette communication sera l’occasion de réfléchir à l’évolution des normes émotionnelles afin de porter un regard critique sur la contrainte sociale exercée aujourd’hui à l’endroit de l’expression des affects en contexte scolaire.

Résumé du colloque

Depuis quelques décennies, nos connaissances sur le développement des enfants se sont enrichies et accélérées grâce aux grandes enquêtes longitudinales, aux avancées statistiques, qui ont permis de traiter ces grands ensembles de données, et aux disciplines psychosociales qui se sont emparées de cette expertise. Au-delà des bénéfices clairs pour le bien-être des enfants, ces connaissances ont aussi renforcé l’attention dédiée à leur développement et intensifié les observations à leurs égards, autant par les familles, l’école, les médecins et les experts psychosociaux. Les besoins physiques, psychologiques et cognitifs des enfants sont constamment scrutés, et leur déviance à une normalité statistique est désormais perçue comme alarmante. Parallèlement, le développement de leur plein potentiel est devenu l’objectif à atteindre alors que la prévention se fait prédictive pour contrer toute conséquence nuisible qui pourrait potentiellement survenir.

Dans ce contexte, tout un vocabulaire s’est développé autour des enfants dits « à risque », « en difficulté », « vulnérables », « avec un trouble ou un déficit ». Mais à trop regarder les enfants, surtout leur développement et leur cerveau, peut-on aussi contribuer à des effets délétères? Des indices montrent que les regards sur l’enfance sont de plus en plus déterministes, que les frontières entre difficultés et troubles s’amincissent, que davantage de comportements, d’attitudes et d’expériences deviennent médicalisés avec toutes les conséquences que cela peut apporter tant pour les enfants eux-mêmes que pour les familles et la société dans son ensemble.

Nous suggérons donc de réfléchir de manière critique au regard dominant que la société actuelle pose sur les enfants, et ce, à partir d’une diversité de points de vue et de situations. Il nous semble aussi nécessaire d’aborder la médicalisation et les processus qui s’y rattachent afin de pouvoir documenter le problème pour éventuellement proposer des pistes de solution.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 10 mai 2022

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :