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Youssef Benzouine : Université de Montréal
Plusieurs débats récents au Québec – ceux qui ont entouré la Loi sur la laïcité de l’État (loi 21) ou encore le projet de Charte des valeurs québécoises (Bilge 2010; Larochelle 2020) – ont révélé l’existence de représentations négatives sur et de l’islam et des musulman·e·s. Plus particulièrement, « l’homme musulman » est (re)présenté comme une figure « patriarcale », « conservatrice » et « rétrograde » (Britton 2019; Bilge 2010). Ces représentations « racialisantes » ne rendent pas justice à la diversité des vécus, expériences et, surtout, des pratiques des hommes musulmans immigrants vivant au Québec. Ma communication aura donc pour objectif d’explorer et de réfléchir sur les éléments qui rentrent dans la construction et la performance/tivité (Butler 1999) des masculinités de ces hommes (Fedele 2015; Ouzgane 2006). Plus précisément, je veux aussi voir si un lien existe entre le religieux (l’islam) et les masculinités (Connell 2005; Connell et Messerschmidt 2005). En plus de la démarche de déconstruction évoquée plus haut, la pertinence de cette communication résidera aussi dans d’autres éléments : 1) je veux (dé)montrer qu’il y a une diversité de manières d’être « un homme musulman » - d’où la pertinence d’avoir des lunettes intersectionnelles pour aborder leurs positionnements et vécus; 2) aborder ces masculinités sous l’angle des pratiques, et non des représentations, semble être un angle-mort des travaux réalisés sur l’islam et les musulman·e·s au Québec.
Depuis les années 2000, l’« intersectionnalité » a connu un succès inégalé, notamment dans les études féministes (Bilge, 2015). Alors que cette approche semble être devenue une bonne pratique pédagogique (ibid.), de plus en plus de militant‑e‑s et de chercheur‑se‑s décrient sa dépolitisation, et même son instrumentalisation : l’intersectionnalité devient une marque qui « paraît bien » (Tlostanova,2015). Cette approche se voit même de plus en plus intégrée aux politiques tant nationales qu’internationales (Collins et Bilge, 2016), en plus d’être largement mobilisée par les universitaires, les discours publics ou les organisations internationales. Ce concept et cette approche sont devenus si à la mode que l’on remet en question leur charge heuristique et leur portée critique.
Une telle visibilité des approches intersectionnelles pourrait laisser croire qu’elle s’accompagne d’un rééquilibrage des inégalités sociales multiples que cette approche veut déconstruire. Or, de nombreux travaux démontrent au contraire que les rapports de pouvoir perdurent et se renouvellent, sans compter que la pandémie actuelle a été accompagnée d’un durcissement de ces inégalités touchant notamment différemment des groupes moins privilégiés et plus vulnérables (Froidevaux-Metterie, 2020).
L’année dernière, notre panel s’était concentré sur les approches genrées/féministes. Cette année, nous proposons une rencontre autour de l’engouement quant à l’intersectionnalité. Nous l’articulerons autour de plusieurs axes de réflexion, allant des enjeux liés à l’instrumentalisation de ces approches, aux « interstices » qui n’ont pas ou qui ont peu fait l’objet d’une analyse tenant réellement compte d’une hétérogénéité des expériences d’oppression. Quels sont ces interstices et comment leur analyse fait-elle apparaître des réalités sociales jusqu’ici restées dans l’ombre? L’instrumentalisation de ce concept parfois de manière apolitique ne participerait-elle pas à dissimuler les dynamiques inégalitaires plurielles constitutives des rapports de pouvoir? Autant de questions que nous aborderons entre chercheur‑se‑s issu‑e‑s d’horizons divers.
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