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Eliane Dulude : Université d'Ottawa
Les récentes politiques d'équité qui visent à susciter de nombreux changements systémiques pour assurer la réussite éducative de tous les élèves semblent entrer en tension avec la prise en compte des systèmes de reddition de comptes. À titre d’exemple, certaines études ont montré que les acteurs scolaires répondent stratégiquement aux pressions exercées pour augmenter rapidement les résultats (ex. : activités de préparation aux tests). Nous illustrerons la manière dont les politiques ontariennes d’équité ne cherchent pas à réduire les pressions susceptibles d’influencer le climat scolaire ou à remettre en cause les pratiques institutionnalisées comme source d’iniquités, mais semblent plutôt élargir l’objet de reddition de compte et le nombre d’instruments mis à la disposition des acteurs scolaires pour évaluer leurs actions. Nous examinerons l’utilisation des données qui sert d'appui à la responsabilité interne des acteurs scolaires (de nature morale ou professionnelle) et externe (diversification des publics à qui ils doivent rendre des comptes). Nous exposerons certaines tensions que cela peut provoquer chez les acteurs scolaires. D’une part, ils sont toujours tenus d'administrer les tests standardisés et d'en utiliser leurs résultats pour rendre des comptes à l’égard de la réussite scolaire et sont, d’autre part, maintenant imputables d’assurer un climat équitable en éliminant les obstacles systémiques qui ont un impact négatif sur l'apprentissage des élèves.
Depuis la seconde moitié du 20e siècle, l’école québécoise a connu d’importants changements institutionnels, curriculaires et pédagogiques. Schématiquement, les années 1960 sont le fait de la démocratisation de l’éducation et, à partir des années 1990, de nouvelles politiques éducatives, liées au New Public Management, se diffusent dans l’ensemble des pays de l’OCDE (Mons, 2006). Nous faisons l’hypothèse qu’elles se sont incorporées dans le système éducatif québécois (Lessard et Carpentier, 2015).
Certes, le ministère de l’Éducation fait de la lutte contre les inégalités une priorité, mais plusieurs de ses discours contiennent des références à l’efficacité et à une nouvelle régulation du système éducatif dont les principaux dispositifs sont la décentralisation, qui favorise la concurrence entre les établissements, leur évaluation et la « gestion axée sur les résultats », qui s’inscrivent dans une culture de la performance et de la responsabilité à laquelle doit adhérer, en principe, l’ensemble des agents scolaires comme les enseignants, les directeurs d’établissement, les professionnels non enseignants (psychologues, conseillers d’orientation, ergothérapeutes, etc.), mais également des techniciens (ex. : les éducateurs spécialisés) et des paratechniciens (ex. : surveillants d’élèves)?
L’objectif principal du colloque consiste à examiner, dans une perspective québécoise aussi bien qu’internationale, la manière dont les agents scolaires composent avec un système éducatif qui exige, tout à la fois, une réduction des inégalités, d’une part, et, d’autre part, l’efficacité de l’enseignement, du fonctionnement des établissements et du système éducatif dans son ensemble. Comment de possibles tensions entre des finalités démocratiques et des finalités « performatives » se traduisent-elles dans le travail concret des agents scolaires et dans la définition de leur identité professionnelle (ou au travail)? Enfin, ces tensions sont-elles, pour eux, source de souffrance?
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