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Christelle Achard : Université de CaenNormandie
« En quoi l’évolution du secteur social et médico-social en France (Bauduret, 2017) est-il à la fois reflet et vecteur d’une montée en puissance des injonctions normatives adressées aux enfants ? » En nous appuyant sur les données chiffrées récentes (années 2000) relatives aux secteurs de la protection de l’enfance (ONPE, 2017 ; DREES, 2017 ; DREES, 2019 ; DREES, 2020a ; DREES, 2020b) ; , de la protection judiciaire de la jeunesse (Ministère de la justice, 2006 et 2018), du handicap (DREES, 2008 et 2020c) et de la pédopsychiatrie (Cacheux, 2020), nous nous interrogerons sur l’inflation des mesures prises à destination de l’enfance. Nous postulerons que sous l’apparence d’une désinstitutionnalisation (Hirlet et Pierre, 2017), et sous couvert d’une gradation des réponses apportées, se développe un spectre d’intervention toujours plus large vis à vis de l’enfance. L’enfant, désormais reconnu comme un individu à part entière, se voit considéré comme un « petit adulte », soumis à une injonction à la normalisation de soi. Le développement des « diagnostics » semble être le corollaire d’une société du risque (Castel, 1983) et de la prédiction (Gavarini, 2006). L’extension des secteurs médical (Collin et Suissa, 2007), judiciaire (Serre, 2001 ; Sey et Shalidi, 2010 ; Bugnon et Vernay, 2022) et psychiatrique (Collin et Suissa, op. cit) semble traduire le privilège accordé à une action sur les conséquences de problématiques souvent sociales, au détriment d’une action sur les causes.
Depuis quelques décennies, nos connaissances sur le développement des enfants se sont enrichies et accélérées grâce aux grandes enquêtes longitudinales, aux avancées statistiques, qui ont permis de traiter ces grands ensembles de données, et aux disciplines psychosociales qui se sont emparées de cette expertise. Au-delà des bénéfices clairs pour le bien-être des enfants, ces connaissances ont aussi renforcé l’attention dédiée à leur développement et intensifié les observations à leurs égards, autant par les familles, l’école, les médecins et les experts psychosociaux. Les besoins physiques, psychologiques et cognitifs des enfants sont constamment scrutés, et leur déviance à une normalité statistique est désormais perçue comme alarmante. Parallèlement, le développement de leur plein potentiel est devenu l’objectif à atteindre alors que la prévention se fait prédictive pour contrer toute conséquence nuisible qui pourrait potentiellement survenir.
Dans ce contexte, tout un vocabulaire s’est développé autour des enfants dits « à risque », « en difficulté », « vulnérables », « avec un trouble ou un déficit ». Mais à trop regarder les enfants, surtout leur développement et leur cerveau, peut-on aussi contribuer à des effets délétères? Des indices montrent que les regards sur l’enfance sont de plus en plus déterministes, que les frontières entre difficultés et troubles s’amincissent, que davantage de comportements, d’attitudes et d’expériences deviennent médicalisés avec toutes les conséquences que cela peut apporter tant pour les enfants eux-mêmes que pour les familles et la société dans son ensemble.
Nous suggérons donc de réfléchir de manière critique au regard dominant que la société actuelle pose sur les enfants, et ce, à partir d’une diversité de points de vue et de situations. Il nous semble aussi nécessaire d’aborder la médicalisation et les processus qui s’y rattachent afin de pouvoir documenter le problème pour éventuellement proposer des pistes de solution.
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