pen icon Colloque
quote

Enfants « ingérables » et chauffeur.e.s exploité.e.s : croisements de vulnérabilités dans le transport scolaire adapté des élèves autistes dans la région de Québec.

MC

Membre a labase

Marie-Eve Carrier-Moisan : Carleton University

Résumé de la communication

Dans cette présentation, nous examinons l’expérience des chauffeur.e.s de transport scolaire adapté, que nous situons en relation avec un contexte plus large de pathologisation des enfants autistes. En effet, les élèves autistes sont de plus en plus décrits comme « non-scolarisables », «ingérables » ou « trop dérangeant » (Dion-Viens 2021), tant par les institutions scolaires que dans le discours publique, notamment les médias. Basée sur des entretiens avec des chauffeurs.e.s de la région de Québec, notre recherche met en lumière la façon dont la gestion néoliberale du transport scolaire crée des conditions de travail extrêmement difficiles pour les chauffeur.e.s, et produit des situations complexes à gérer, voire dangereuses qui, ce faisant, exacerbe la construction de l’image de l’enfant autiste ingérable. Ces conditions incluent le manque d’informations précises sur les profils des enfants, le peu de formation sur les différentes réalités et handicaps de ces enfants, les changements soudains et sans préavis de trajets et d’élèves, une surcharge d’élèves à bord sans considération de l’âge, de la taille et des particularités sensorielles, et des instructions à la fois floues et astreignantes qui laissent les chauffeur.se. peu outillé.e.s ou soutenu.e.s pour intervenir. Nous proposons que ces conditions participent non seulement à l’exploitation des chauffeur.e.s, mais également, à la production social du handicap et à la construction de l’enfant autiste comme pathologique.

Résumé du colloque

Depuis quelques décennies, nos connaissances sur le développement des enfants se sont enrichies et accélérées grâce aux grandes enquêtes longitudinales, aux avancées statistiques, qui ont permis de traiter ces grands ensembles de données, et aux disciplines psychosociales qui se sont emparées de cette expertise. Au-delà des bénéfices clairs pour le bien-être des enfants, ces connaissances ont aussi renforcé l’attention dédiée à leur développement et intensifié les observations à leurs égards, autant par les familles, l’école, les médecins et les experts psychosociaux. Les besoins physiques, psychologiques et cognitifs des enfants sont constamment scrutés, et leur déviance à une normalité statistique est désormais perçue comme alarmante. Parallèlement, le développement de leur plein potentiel est devenu l’objectif à atteindre alors que la prévention se fait prédictive pour contrer toute conséquence nuisible qui pourrait potentiellement survenir.

Dans ce contexte, tout un vocabulaire s’est développé autour des enfants dits « à risque », « en difficulté », « vulnérables », « avec un trouble ou un déficit ». Mais à trop regarder les enfants, surtout leur développement et leur cerveau, peut-on aussi contribuer à des effets délétères? Des indices montrent que les regards sur l’enfance sont de plus en plus déterministes, que les frontières entre difficultés et troubles s’amincissent, que davantage de comportements, d’attitudes et d’expériences deviennent médicalisés avec toutes les conséquences que cela peut apporter tant pour les enfants eux-mêmes que pour les familles et la société dans son ensemble.

Nous suggérons donc de réfléchir de manière critique au regard dominant que la société actuelle pose sur les enfants, et ce, à partir d’une diversité de points de vue et de situations. Il nous semble aussi nécessaire d’aborder la médicalisation et les processus qui s’y rattachent afin de pouvoir documenter le problème pour éventuellement proposer des pistes de solution.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 10 mai 2022

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :