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Anne-Marie Lamoureux-Bolduc : UQAM - Université du Québec à Montréal
L’artiste américain William Wegman interpelle les études animales par ses vidéos expérimentales et ses polaroids mettant en scène ses braques de Weimar. Depuis 1979, il fait participer ses chiens à la création d’œuvres ludiques sensibles à l’éthos de l’animal. Cette prise en compte du point de vue animal constituera la ligne directrice de cette présentation. J’y défendrai l’idée selon laquelle les chiens contribuent activement au projet esthétique de l’artiste. Pour ce faire, je vais m’appuyer sur un corpus photographique dans lequel un rapport de collaboration et de co-création paraît s’instituer. Je souhaiterais démontrer qu’une agentivité animale est ici à l’œuvre et critiquer l’idée voulant que le travail de Wegman ne soit que l’expression d’un anthropocentrisme. Les travaux de Donna Haraway, d’Éric Baratay, de Dominique Lestel et de Jean-Marie Schaeffer permettront de mettre à l’épreuve cette hypothèse d’une collaboration interspécifique.
Quelle place accorder à l’image dans cette reconnaissance du sujet animal? La montée en popularité des études animales au sein des sciences humaines et sociales n’a eu jusqu’à présent que trop peu d’échos dans le domaine de l’histoire de l’art et des études visuelles. Dès la fin du XIXe siècle pourtant, les organisations de défense des animaux ont recours à des représentations artistiques (Landseer, Bonheur) dans leurs campagnes de communication et de sensibilisation au bien-être animal. Aujourd’hui, les groupes animalistes misent principalement sur le pouvoir de conviction des images de l’outrage et de l’indignation. La visualité du sujet animal n’est cependant pas réductible à ces emplois caritatifs et militants. Des photographies animalières ludiques (Frees), substrats de discours pédagogiques, moraux ou encore publicitaires (Chandoha) inondent au même moment le supermarché des images. Ce fort courant qui traverse tout le XXe siècle trouve aujourd’hui son apothéose dans les vidéos ludiques de chatons qui pullulent sur la Toile. Avec ces millions de vues, cette iconographie de la mignonnerie animale occupe le premier rang parmi le répertoire des représentations animalières contemporaines. Le reportage animalier, qu’il soit diffusé sur des chaînes spécialisées ou présenté dans le cadre de concours internationaux de photographie, spectacularise pour sa part les merveilles et les périls du monde animal. Si diverses dans leurs manières d’appréhender le fait animal, les pratiques artistiques, pour plusieurs d’entre elles, redéfinissent les ambitions caritatives, ludiques et heuristiques portées par ces régimes visuels, en remettant en cause la position d’autorité du spectateur devant le sujet animal.
Qu’elles ravissent, indignent, instruisent ou émeuvent, les représentations animalières en appellent aux affects du spectateur, ainsi qu’à sa capacité d’insérer ces images dans une histoire de la visualité du sujet non humain. C’est à l’examen de ces formes de visualité que ce colloque est consacré.
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