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Jean-François Filiatrault : Université de Montréal
Depuis quelques années, les enjeux touchant les personnes handicapées et le capacitisme suscitent un intérêt croissant chez universitaires et mouvements sociaux, notamment du fait de l’importance croissante à penser en termes d’intersectionnalité. Cette popularité, notamment due au travail de militantes féministes et queers, est cependant minée par le fait que la question du capacitisme est à la fois sous théorisée, sur individualisée et parfois instrumentalisée.
Dans la perspective de promouvoir l’articulation du capacitisme aux autres rapports sociaux, cette présentation s’attarde sur la manière dont le handicap est souvent conceptualisé au Québec de même que sur une certaine difficulté à concevoir les caractéristiques collectives du handicap dans les mouvements sociaux. Il est conclu que ces éléments contribuent à une forme de réductionnisme lorsque le capacitisme est croisé avec d’autres rapports sociaux. Pour ce faire, la communication se base sur des expériences militantes et un corpus théorique. Cette présentation critique vise à mettre de l’avant certaines difficultés souvent présentes dans les approches militantes et académiques croisant l’axe du handicap avec ceux de genre, de race, d’âge ou de classe tout en mettant de l’avant la pertinence de telles démarches.
Depuis les années 2000, l’« intersectionnalité » a connu un succès inégalé, notamment dans les études féministes (Bilge, 2015). Alors que cette approche semble être devenue une bonne pratique pédagogique (ibid.), de plus en plus de militant‑e‑s et de chercheur‑se‑s décrient sa dépolitisation, et même son instrumentalisation : l’intersectionnalité devient une marque qui « paraît bien » (Tlostanova,2015). Cette approche se voit même de plus en plus intégrée aux politiques tant nationales qu’internationales (Collins et Bilge, 2016), en plus d’être largement mobilisée par les universitaires, les discours publics ou les organisations internationales. Ce concept et cette approche sont devenus si à la mode que l’on remet en question leur charge heuristique et leur portée critique.
Une telle visibilité des approches intersectionnelles pourrait laisser croire qu’elle s’accompagne d’un rééquilibrage des inégalités sociales multiples que cette approche veut déconstruire. Or, de nombreux travaux démontrent au contraire que les rapports de pouvoir perdurent et se renouvellent, sans compter que la pandémie actuelle a été accompagnée d’un durcissement de ces inégalités touchant notamment différemment des groupes moins privilégiés et plus vulnérables (Froidevaux-Metterie, 2020).
L’année dernière, notre panel s’était concentré sur les approches genrées/féministes. Cette année, nous proposons une rencontre autour de l’engouement quant à l’intersectionnalité. Nous l’articulerons autour de plusieurs axes de réflexion, allant des enjeux liés à l’instrumentalisation de ces approches, aux « interstices » qui n’ont pas ou qui ont peu fait l’objet d’une analyse tenant réellement compte d’une hétérogénéité des expériences d’oppression. Quels sont ces interstices et comment leur analyse fait-elle apparaître des réalités sociales jusqu’ici restées dans l’ombre? L’instrumentalisation de ce concept parfois de manière apolitique ne participerait-elle pas à dissimuler les dynamiques inégalitaires plurielles constitutives des rapports de pouvoir? Autant de questions que nous aborderons entre chercheur‑se‑s issu‑e‑s d’horizons divers.
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