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"Her office was filled with books and pictures": visualité et droit des animaux chez la journaliste et féministe Frances Power Cobbe

MZ

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Martyna Zielinska : FRANCE

Résumé de la communication

Au cours de sa longue carrière de journaliste, féministe et militante pour les animaux, Frances Power Cobbe (1822-1904) a manifesté une conscience aigue de la force des images pour transmettre ses arguments au public visé. Pourtant, si beaucoup de publications analysent sa carrière dans la presse britannique et son engagement pour les droits des femmes et des animaux, très peu d’études abordent les stratégies visuelles utilisées par Cobbe pour sensibiliser le public victorien. En s’appuyant sur des témoignages d’époque, diverses publications de Cobbe entre 1860-1900 ainsi que sur des productions des sociétés d’anti-vivisection qu’elle a fondées, la présente communication propose d’abord de retracer ces stratégies visuelles et d’en établir une typologie. Il s’agira ensuite d’interroger plus largement la spécificité du contexte britannique au XIXe siècle où les femmes - de la Reine Victoria aux femmes des classes populaires - et leur réappropriation de la culture visuelle victorienne ont joué un rôle sans précédent dans la lutte pour le bien-être animal entre 1850-1910. Enfin, nous verrons avec l’exemple de la création de the American Anti-Vivisection Society de Philadelphie comment les stratégies définies par Cobbe ont été adaptées et exportées aux Etats-Unis dans les années 1880, révélant une économie transatlantique, dans laquelle les femmes ont largement pris en charge l’organisation logistique de la diffusion et de la circulation des images pour la cause animale.

Résumé du colloque

Quelle place accorder à l’image dans cette reconnaissance du sujet animal? La montée en popularité des études animales au sein des sciences humaines et sociales n’a eu jusqu’à présent que trop peu d’échos dans le domaine de l’histoire de l’art et des études visuelles. Dès la fin du XIXe siècle pourtant, les organisations de défense des animaux ont recours à des représentations artistiques (Landseer, Bonheur) dans leurs campagnes de communication et de sensibilisation au bien-être animal. Aujourd’hui, les groupes animalistes misent principalement sur le pouvoir de conviction des images de l’outrage et de l’indignation. La visualité du sujet animal n’est cependant pas réductible à ces emplois caritatifs et militants. Des photographies animalières ludiques (Frees), substrats de discours pédagogiques, moraux ou encore publicitaires (Chandoha) inondent au même moment le supermarché des images. Ce fort courant qui traverse tout le XXe siècle trouve aujourd’hui son apothéose dans les vidéos ludiques de chatons qui pullulent sur la Toile. Avec ces millions de vues, cette iconographie de la mignonnerie animale occupe le premier rang parmi le répertoire des représentations animalières contemporaines. Le reportage animalier, qu’il soit diffusé sur des chaînes spécialisées ou présenté dans le cadre de concours internationaux de photographie, spectacularise pour sa part les merveilles et les périls du monde animal. Si diverses dans leurs manières d’appréhender le fait animal, les pratiques artistiques, pour plusieurs d’entre elles, redéfinissent les ambitions caritatives, ludiques et heuristiques portées par ces régimes visuels, en remettant en cause la position d’autorité du spectateur devant le sujet animal.

Qu’elles ravissent, indignent, instruisent ou émeuvent, les représentations animalières en appellent aux affects du spectateur, ainsi qu’à sa capacité d’insérer ces images dans une histoire de la visualité du sujet non humain. C’est à l’examen de ces formes de visualité que ce colloque est consacré.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 10 mai 2022

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