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Laurent Loison : Centre national de la recherche scientifique
La professionnalisation du champ de l’histoire des sciences, au cours des années 1960-1970, a conduit à l’exacerbation de la critique Whig : toute bonne histoire des sciences devait se garder de juger la science du passé à la lumière de l’état présent. Dans le contexte français, J. Roger, contre les épistémologues, et particulièrement contre l’histoire « jugée » de Bachelard, s’est régulièrement fait le porte-voix de cette perspective « historienne », et aimait à répéter la formule de Lucien Febvre qui affirmait que le seul péché capital en histoire, c’est l’anachronisme. Quelques années après le décès de Roger, Jean Gayon nous avertissait cependant qu’on « ne peut […] prendre pour argent comptant les déclarations fréquentes de Jacques Roger selon lesquelles l’historien « doit s’abstenir de juger » ». Cette présentation entend creuser le même sillon : jusqu’à quel point Roger a-t-il lui-même suivi le positionnement méthodologique anti-rétrospectif qu’il affichait explicitement ? Notre hypothèse est que, loin d’y avoir souscrit, Roger a constamment interrogé « les sciences de la vie » à la lumière de la biologie du XXe siècle. En ce sens, nous souhaitons montrer que, au moins dans une certaine mesure, Roger fut un historien présentiste et que c’est précisément son présentisme qui lui a permis d’écrire une histoire problématisée qui soit autre chose que l’enregistrement d’une mémoire ou sa restitution au travers des catégories d’analyse utilisés par les acteurs eux-mêmes.
Afin de faire écho au thème du 89e Congrès de l’Acfas, intitulé Sciences, innovations, sociétés, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir à la complexité et à la richesse des rapports (passés, présents et futurs) entre science, philosophie et société.
Érigées en champs de recherche autonomes, la philosophie et la science se sont développées de concert, nouant à chaque époque des rapports singuliers mais aussi changeants. Dans l’Antiquité, la philosophie s’institue en rupture avec l’opinion et coïncide avec la science en tant que quête de la vérité. À l’époque moderne, l’expression philosophie naturelle évoque encore l’idée selon laquelle la science et la philosophie relèvent d’une même entreprise intellectuelle.
Du tronc commun auquel elles appartenaient jusqu’alors, la physique, la chimie, la biologie et la psychologie s’autonomisent entre le 17e et le 19e siècle. Au 20e siècle, la phénoménologie et la philosophie analytique vont s’engager dans des voies qui opposeront frontalement science et philosophie. Néanmoins, dans le sillage du retour du naturalisme, les rapports entre la philosophie et les sciences empiriques seront une fois de plus appelés à se réinventer. Parfois envisagées comme étant « sur le même bateau », la science et la philosophie ont connu un nouveau rapprochement qui déboucha plus récemment sur l’idée d’une « philosophie expérimentale ».
Alors que la science est appelée à servir de fondement à la décision politique, réfléchir aux configurations qu’ont connues la science et la philosophie dans l’histoire de la pensée philosophique conduit à interroger de nouveau le rôle de la philosophie dans la science et dans la société plus largement. Comment et par quelles voies la philosophie peut-elle contribuer à la science? Inversement, qu’est-ce que la science peut amener à la philosophie, et comment décrire cet apport? Et comment ce dialogue pourrait-il enrichir la contribution de la philosophie aux grands débats de société?
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