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Tinhinane Adjtoutah : Université de Montréal
Cette communication propose une réflexion sur l’approche théorique d’une recherche doctorale portant sur la participation culturelle des jeunes mobilisées dans un contexte de répression, durant le mouvement de contestation du 22 février 2019 (Hirak) en Algérie. L'objectif du projet de recherche est d'analyser la façon dont les pratiques culturelles des jeunes s'articulent aux processus plus larges de reconfiguration de l'espace public algérien. Alors que cet espace fut, pour longtemps, fermé et monopolisé par un régime autoritaire, il a été particulièrement l’objet de protestations créatives de la part de jeunes algériens. C’est pourquoi il mérite d’être analysé pour ce qu’il nous dit du processus de réappropriation de l’espace public algérien et des pratiques de participation citoyenne des jeunes. Dans un premier temps, nous proposerons un survol des principales perspectives analytiques concernant l'étude des pratiques expressives de la jeunesse. Par la suite, nous discuterons les concepts les plus significatifs pour une telle analyse contextuelle de la participation culturelle des jeunes : les pratiques culturelles de la jeunesse (Chatterton et Hollands, 2002), la construction d'un contre-public subalterne (Fraser,2001;Negt et Kluge, 2007;Neumann,2013) et la subjectivation au cœur des mouvements contemporains des jeunes. (Pleyers et Capitaine, 2016).
La participation des jeunes en difficulté est un angle mort des sciences sociales. Trop souvent absents des études, ces jeunes sur lesquels on porte le regard sont associés au non-engagement, à un caractère improbable ou aux difficultés de participation. Il en ressort l’impression qu’il est difficile d’intervenir pour promouvoir leur participation politique, sociale ou citoyenne. Cela renforce les perspectives d’analyse orientées vers les manques ou vers les obstacles qu’ils auraient à franchir pour s’engager. Dans le contexte actuel de vogue participationniste ou de promotion tous azimuts de la participation des usagers, certains dispositifs instrumentalisent les jeunes en difficulté pour prévenir leur exclusion sociale, les (ré)insérer.
Nos travaux (Greissler, Lacroix et Morissette, 2020) jettent un éclairage théorique, conceptuel et méthodologique sur ce sujet propulsé sur le devant de la scène politique et sociale. Ce champ de recherche n’étant pas défini, comme l’est par exemple la participation électorale, il est important de réfléchir à ce qu’est la participation des jeunes en difficulté, la manière dont elle émerge et dont on peut l’étudier. Des questions sont ainsi soulevées : 1) Comment définir la participation et circonscrire un objet de recherche qui concerne les jeunes en difficulté, quels outils théoriques mobiliser pour tenir compte de toutes les formes d’engagement, même les plus improbables? 2) Comment prendre en considération la participation selon un processus où les intervenants, et particulièrement les milieux de vie, ont au quotidien, dans le formel et l’informel, un rôle de levier? et 3) Comment traiter des enjeux de recherche comme l’échantillonnage et les biais, le recrutement, la création d’un espace de parole et de recherche, la place et la posture de chercheur-se, les stratégies d’analyse des discours, la prise en compte du contexte d’intervention, entre autres? C’est le but de ce colloque qui devrait pouvoir répondre à certaines questions à partir de travaux récents sur le sujet.
Titre du colloque :