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La double peine des enfants placés en situation de handicap : risques de ruptures et d’isolement démultipliés.

AK

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Aude Kerivel : Laboratoire d’évaluation des politiques publiques et des innovations

Résumé de la communication

Si les ruptures de parcours des enfants placés, « déplacés et replacés » (Potin, 2012) et leurs difficultés d’insertion font l’objet de nombreux travaux, peu d’enquêtes s’intéressent spécifiquement aux enfants en situation de handicap en protection de l’enfance. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer « l’invisibilisation » de près d’un enfant ou jeune sur quatre.

Le prisme de la protection de l’enfance, institution dont ils dépendent, et le manque de données statistiques produites à l’échelle nationale sont une première explication. La diversité des troubles et des situations de handicap ainsi que le fait que la catégorie est davantage liée à une exclusion du système scolaire ordinaire qu’au diagnostic d’une pathologie sont une autre explication de l’invisibilité.

Nous avons mis en évidence que les enfants sont plus isolés lorsqu’ils sont en
situation de handicap (Kerivel et al. 2021) à partir de nos recherches qui visent à rendre compte du défaut de capital social des enfants placés. L’isolement des enfants placés en situation de handicap a un effet direct sur les trajectoires de reconnaissance et de prise en charge des situations de handicap et accentue les risques de ruptures. Notre corpus est constitué d’une trentaine d’études de cas d’enfants et de jeunes âgés entre 3 et 18 ans ayant des troubles du comportements, ou étant en situation de handicap. Il nous permet de documenter leurs trajectoires et leurs situations actuelles.

Résumé du colloque

Depuis quelques décennies, nos connaissances sur le développement des enfants se sont enrichies et accélérées grâce aux grandes enquêtes longitudinales, aux avancées statistiques, qui ont permis de traiter ces grands ensembles de données, et aux disciplines psychosociales qui se sont emparées de cette expertise. Au-delà des bénéfices clairs pour le bien-être des enfants, ces connaissances ont aussi renforcé l’attention dédiée à leur développement et intensifié les observations à leurs égards, autant par les familles, l’école, les médecins et les experts psychosociaux. Les besoins physiques, psychologiques et cognitifs des enfants sont constamment scrutés, et leur déviance à une normalité statistique est désormais perçue comme alarmante. Parallèlement, le développement de leur plein potentiel est devenu l’objectif à atteindre alors que la prévention se fait prédictive pour contrer toute conséquence nuisible qui pourrait potentiellement survenir.

Dans ce contexte, tout un vocabulaire s’est développé autour des enfants dits « à risque », « en difficulté », « vulnérables », « avec un trouble ou un déficit ». Mais à trop regarder les enfants, surtout leur développement et leur cerveau, peut-on aussi contribuer à des effets délétères? Des indices montrent que les regards sur l’enfance sont de plus en plus déterministes, que les frontières entre difficultés et troubles s’amincissent, que davantage de comportements, d’attitudes et d’expériences deviennent médicalisés avec toutes les conséquences que cela peut apporter tant pour les enfants eux-mêmes que pour les familles et la société dans son ensemble.

Nous suggérons donc de réfléchir de manière critique au regard dominant que la société actuelle pose sur les enfants, et ce, à partir d’une diversité de points de vue et de situations. Il nous semble aussi nécessaire d’aborder la médicalisation et les processus qui s’y rattachent afin de pouvoir documenter le problème pour éventuellement proposer des pistes de solution.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 10 mai 2022

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