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Amélie Couvrette : UQO - Université du Québec en Outaouais
Être mère représente une identité sociale valorisée, une identité « conventionnelle » sur laquelle il est généralement attendu qu’une femme appuie ses démarches de changement et de réinsertion. En raison des responsabilités que la maternité incombe, ces mères y trouveraient une motivation qui les inciterait à ne pas être incarcérées à nouveau et à changer des patrons de comportements néfastes. Or, la littérature suggère que même si elles ont tendance à idéaliser la relation qu’elle entretenait avec leurs enfants avant leur détention, plusieurs mères rapportent ressentir une certaine pression sociale à reprendre promptement leur rôle auprès de leurs enfants. Plusieurs ne s’y sentent pas prêtes, ce qui génère de l’anxiété. De plus, rétablir ou réparer une relation qui a été endommagée par différents conflits, enjeux et ruptures apparait, bien souvent, comme accablant pour ces mères. Ceux-ci compliquent alors la possibilité pour ces mères de reprendre la garde de leurs enfants.
L’objectif de la présentation est de réfléchir à la maternité de femmes judiciarisées, à son rôle et son importance dans leur processus de réinsertion sociale et aux attentes qu’elles entretiennent à l’égard de celle-ci. Une vingtaine d’entretiens menés auprès de femmes séjournant en maison de transition ou recevant des services d’organismes dédiés à la réinsertion sociale des femmes permettront d’étayer cette réflexion.
La réinsertion sociale est, depuis longtemps, au cœur des préoccupations des politiques publiques. Quels que soient les indicateurs, la forme ou le vocabulaire utilisé, l’idée de ne pas retourner en prison à la suite d’une condamnation pénale est souvent une des priorités avancées des gouvernements. En 1969, la Loi sur la probation et le système correctionnel du Québec estime que la réinsertion sociale est un des moyens à prioriser pour assurer la sécurité du public. Or, si les recherches en criminologie et en justice pénale font souvent référence à la notion de réinsertion sociale comme mesure de « réussite » ou d’« échec » des interventions pénales, cette notion n’est que rarement définie de façon unanime. Conséquemment, les chercheurs utilisent plusieurs indicateurs pouvant montrer qu’une personne est réinsérée ou non : ne pas récidiver dans un délai donné, terminer un programme avec succès ou se sentir comme partie intégrante de la société. En parallèle, on assiste à des transformations des systèmes pénaux et correctionnels depuis quelques années. Sur le plan de la prise en charge, de nouveaux modes de gestion des populations contrevenantes se développent, tels que des tribunaux ou des procédures spécialisés. Sur le plan de l’intervention, on assiste aussi au développement d’outils ciblant des problématiques ou des besoins de plus en plus précis. On note également une plus grande hétérogénéité au sein des populations prises en charge et l’apparition de groupes plus vulnérables, soit parce qu’ils sont plus fragilisés par leur passage dans le système pénal, soit parce que les interventions actuelles n’ont pas été réfléchies en fonction de leurs besoins particuliers (femmes, autochtones, aînés, jeunes, etc.). Le présent colloque a pour objectif de réfléchir à la manière dont la notion de réinsertion sociale est mobilisée dans les recherches contemporaines afin de mieux comprendre ses contours, ses enjeux et ses réalités. À travers les différentes présentations, le colloque vise ainsi à souligner la diversité des besoins, des concepts et des réflexions associés à la réinsertion sociale et, donc, à la multiplicité des formes d’intervention possibles. Il permet de repousser les frontières de la définition de la réinsertion sociale au-delà de la sortie de la peine, et au-delà d’une population strictement homogène.
Titre du colloque :