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Marianne Guyard : Université Laval
Plaidant en faveur d’une « histoire historienne des sciences », Jacques Roger souhaite désannexer l’histoire des sciences du domaine philosophique pour en faire une discipline à part entière. Ne relevant ni de la science, ni de la philosophie, ni de la sociologie, il prétend octroyer à l’histoire des sciences une identité propre. Selon sa vision, l’historien aurait lui aussi un rôle précis à jouer qui permettrait, entre autres, de le distinguer du scientifique et du philosophe. Son rejet pour l’histoire épistémologique des sciences telle qu’écrite par Canguilhem et Foucault traduit cette prise de distance par rapport à la philosophie. Pour Roger, l’histoire des sciences n’est pas une science auxiliaire, un simple outil intellectuel; elle appartient au domaine plus large des sciences historiques, qui, en contrepartie, a souvent délaissé l’histoire des sciences. Toutefois, Roger estime que la philosophie a contribué, dans le passé, à l’interprétation historique des découvertes et demeure, en ce sens, indissociable de la pensée des savants du XVIIe et XVIIIe siècle. À la lecture de ses écrits, on peut se demander si la narration de Roger parvient effectivement à écarter la dimension philosophique, ou si, malgré les aspirations de l’auteur, celle-ci demeure incontestablement présente. Car, comme le suggère Gayon en faisant référence à l’œuvre de Roger, « la philosophie n’apparait pas moins comme un élément de première importance dans l’histoire intellectuelle de la science ».
Afin de faire écho au thème du 89e Congrès de l’Acfas, intitulé Sciences, innovations, sociétés, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir à la complexité et à la richesse des rapports (passés, présents et futurs) entre science, philosophie et société.
Érigées en champs de recherche autonomes, la philosophie et la science se sont développées de concert, nouant à chaque époque des rapports singuliers mais aussi changeants. Dans l’Antiquité, la philosophie s’institue en rupture avec l’opinion et coïncide avec la science en tant que quête de la vérité. À l’époque moderne, l’expression philosophie naturelle évoque encore l’idée selon laquelle la science et la philosophie relèvent d’une même entreprise intellectuelle.
Du tronc commun auquel elles appartenaient jusqu’alors, la physique, la chimie, la biologie et la psychologie s’autonomisent entre le 17e et le 19e siècle. Au 20e siècle, la phénoménologie et la philosophie analytique vont s’engager dans des voies qui opposeront frontalement science et philosophie. Néanmoins, dans le sillage du retour du naturalisme, les rapports entre la philosophie et les sciences empiriques seront une fois de plus appelés à se réinventer. Parfois envisagées comme étant « sur le même bateau », la science et la philosophie ont connu un nouveau rapprochement qui déboucha plus récemment sur l’idée d’une « philosophie expérimentale ».
Alors que la science est appelée à servir de fondement à la décision politique, réfléchir aux configurations qu’ont connues la science et la philosophie dans l’histoire de la pensée philosophique conduit à interroger de nouveau le rôle de la philosophie dans la science et dans la société plus largement. Comment et par quelles voies la philosophie peut-elle contribuer à la science? Inversement, qu’est-ce que la science peut amener à la philosophie, et comment décrire cet apport? Et comment ce dialogue pourrait-il enrichir la contribution de la philosophie aux grands débats de société?
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