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Jessica Pothet : Université de Lorraine
Les centres médico-psychologiques s'adressent aux enfants ou adolescents ayant «des difficultés d’apprentissage, des troubles psychiques, psychomoteurs ou du comportement». Ils regroupent différents professionnel·les du soin, qui ont pour fonction d’effectuer des bilans, de diagnostiquer d’éventuelles manifestations pathologiques et de mettre en œuvre une action thérapeutique ou rééducative sous la responsabilité d’un médecin. Cette prise en charge concerne plus de 380 000 enfants en France, soit presque autant de familles. L’approche individualisante et comportementaliste se fait au détriment d’une lecture examinant des conditions sociales et structurelles de la compréhension de l’échec scolaire.
Ma contribution vise à décrire et analyser en quoi cette approche contribue paradoxalement à une mise à distance de la question scolaire ou pédagogique, qui certes bénéficie à l’école et aux professionnel·les du soin, mais enferme les enfants dans leurs difficultés scolaires, tant ils sont tenus à distance des normes et exigences scolaires. Ensuite, le propos s’attachera à montrer en quoi les parents des enfants suivis en CMP sont acteurs d’une alliance qui les rend captifs des soins proposés à leurs enfants.
Cette contribution s’adosse à la conduite d’une enquête ethnographique dans un CMP d’une ville française de plus de 500 000 habitants. Outre de nombreuses observations, nous mobiliserons un corpus de 22 entretiens conduits avec des professionnels du soin et des parents.
Depuis quelques décennies, nos connaissances sur le développement des enfants se sont enrichies et accélérées grâce aux grandes enquêtes longitudinales, aux avancées statistiques, qui ont permis de traiter ces grands ensembles de données, et aux disciplines psychosociales qui se sont emparées de cette expertise. Au-delà des bénéfices clairs pour le bien-être des enfants, ces connaissances ont aussi renforcé l’attention dédiée à leur développement et intensifié les observations à leurs égards, autant par les familles, l’école, les médecins et les experts psychosociaux. Les besoins physiques, psychologiques et cognitifs des enfants sont constamment scrutés, et leur déviance à une normalité statistique est désormais perçue comme alarmante. Parallèlement, le développement de leur plein potentiel est devenu l’objectif à atteindre alors que la prévention se fait prédictive pour contrer toute conséquence nuisible qui pourrait potentiellement survenir.
Dans ce contexte, tout un vocabulaire s’est développé autour des enfants dits « à risque », « en difficulté », « vulnérables », « avec un trouble ou un déficit ». Mais à trop regarder les enfants, surtout leur développement et leur cerveau, peut-on aussi contribuer à des effets délétères? Des indices montrent que les regards sur l’enfance sont de plus en plus déterministes, que les frontières entre difficultés et troubles s’amincissent, que davantage de comportements, d’attitudes et d’expériences deviennent médicalisés avec toutes les conséquences que cela peut apporter tant pour les enfants eux-mêmes que pour les familles et la société dans son ensemble.
Nous suggérons donc de réfléchir de manière critique au regard dominant que la société actuelle pose sur les enfants, et ce, à partir d’une diversité de points de vue et de situations. Il nous semble aussi nécessaire d’aborder la médicalisation et les processus qui s’y rattachent afin de pouvoir documenter le problème pour éventuellement proposer des pistes de solution.
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