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Marie Dumollard : Université de Montréal
Cette communication propose d’analyser le soutien à la transition vers l’âge adulte des jeunes suivis en vertu de la loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA) en vue de leur réinsertion sociale. Selon le guide d’application de la loi, la réinsertion sociale est en effet directement associée au processus de transition entre l’adolescence et l’âge adulte. Pour comprendre les modalités de soutien offerts par le système de justice des mineurs pendant cette période de la vie, cette communication s’appuie sur une quinzaine de récits de vie et d’entrevues semi-dirigées réalisés auprès de jeunes suivis sous la LSJPA dans la communauté lorsqu’ils étaient âgés de 17 à 20 ans. À partir de l’analyse de leur « réception de l’action publique » sociopénale, les résultats montrent que trois éléments font l’objet d’un traitement paradoxal au moment de la transition vers l’âge adulte : l’autonomisation des jeunes, à la fois soutenue et encadrée ; leur insertion socioprofessionnelle, à la fois mise en action et ralentie par l’enfermement ; leur responsabilisation comportementale, à la fois facilitée et mise à l’épreuve par le suivi pénal. Cette communication souligne finalement les effets ambivalents des interventions sociopénales à un moment clé des parcours individuels et démontre tout l’intérêt de rapprocher les réflexions en matière de réinsertion sociale de celles sur la transition vers l’âge adulte des jeunes suivis au pénal.
La réinsertion sociale est, depuis longtemps, au cœur des préoccupations des politiques publiques. Quels que soient les indicateurs, la forme ou le vocabulaire utilisé, l’idée de ne pas retourner en prison à la suite d’une condamnation pénale est souvent une des priorités avancées des gouvernements. En 1969, la Loi sur la probation et le système correctionnel du Québec estime que la réinsertion sociale est un des moyens à prioriser pour assurer la sécurité du public. Or, si les recherches en criminologie et en justice pénale font souvent référence à la notion de réinsertion sociale comme mesure de « réussite » ou d’« échec » des interventions pénales, cette notion n’est que rarement définie de façon unanime. Conséquemment, les chercheurs utilisent plusieurs indicateurs pouvant montrer qu’une personne est réinsérée ou non : ne pas récidiver dans un délai donné, terminer un programme avec succès ou se sentir comme partie intégrante de la société. En parallèle, on assiste à des transformations des systèmes pénaux et correctionnels depuis quelques années. Sur le plan de la prise en charge, de nouveaux modes de gestion des populations contrevenantes se développent, tels que des tribunaux ou des procédures spécialisés. Sur le plan de l’intervention, on assiste aussi au développement d’outils ciblant des problématiques ou des besoins de plus en plus précis. On note également une plus grande hétérogénéité au sein des populations prises en charge et l’apparition de groupes plus vulnérables, soit parce qu’ils sont plus fragilisés par leur passage dans le système pénal, soit parce que les interventions actuelles n’ont pas été réfléchies en fonction de leurs besoins particuliers (femmes, autochtones, aînés, jeunes, etc.). Le présent colloque a pour objectif de réfléchir à la manière dont la notion de réinsertion sociale est mobilisée dans les recherches contemporaines afin de mieux comprendre ses contours, ses enjeux et ses réalités. À travers les différentes présentations, le colloque vise ainsi à souligner la diversité des besoins, des concepts et des réflexions associés à la réinsertion sociale et, donc, à la multiplicité des formes d’intervention possibles. Il permet de repousser les frontières de la définition de la réinsertion sociale au-delà de la sortie de la peine, et au-delà d’une population strictement homogène.
Titre du colloque :