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L’animalité comme disqualification sexiste ? Essentialisation canine et féline de l’actrice Simone Simon (1911-2005)

RK

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Roman Knerr : Sciences Po Paris

Résumé de la communication

Dès le début de la carrière de l’actrice Simone Simon, les discours la comparant physiquement et psychologiquement à un chien, en particulier à un pékinois, se multiplient : commence alors une essentialisation animalisée de sa persona. Alors que sa notoriété explose en 1934 avec son interprétation de la « sauvageonne » Puck dans Lac aux dames (Marc Allégret), les processus de production, de réception et même l’historiographie cinéphile entretiennent une confusion entre les rôles qu’elle endosse et sa véritable « nature ». Au cours des années 1930, entre la France et les États-Unis, la presse propage l’idée d’une corruption morale de la vedette décrite comme vénale et volage, et on la compare de plus en plus à un chat capricieux, fragile et agressif. Après avoir (entre autres) interprété la « garce » de La Bête humaine (Jean Renoir, 1938), cette image culmine et s’ancre durablement avec le film La Féline (Jacques Tourneur, Cat People, 1942), dans lequel elle campe la descendante d’une tribu maudite craignant que ses émotions et ses désirs ne la transforment en panthère indomptée, objet de fantasme érotique androcentré et de peur. Tandis que Simone Simon se réapproprie et coconstruit partiellement cette image publique, la fétichisation d’un lien stéréotypé entre féminité et éléments naturels revêt un caractère de subordination voire d’avilissement invitant à examiner les rapports de pouvoir sous-tendant cet imaginaire.

Résumé du colloque

Quelle place accorder à l’image dans cette reconnaissance du sujet animal? La montée en popularité des études animales au sein des sciences humaines et sociales n’a eu jusqu’à présent que trop peu d’échos dans le domaine de l’histoire de l’art et des études visuelles. Dès la fin du XIXe siècle pourtant, les organisations de défense des animaux ont recours à des représentations artistiques (Landseer, Bonheur) dans leurs campagnes de communication et de sensibilisation au bien-être animal. Aujourd’hui, les groupes animalistes misent principalement sur le pouvoir de conviction des images de l’outrage et de l’indignation. La visualité du sujet animal n’est cependant pas réductible à ces emplois caritatifs et militants. Des photographies animalières ludiques (Frees), substrats de discours pédagogiques, moraux ou encore publicitaires (Chandoha) inondent au même moment le supermarché des images. Ce fort courant qui traverse tout le XXe siècle trouve aujourd’hui son apothéose dans les vidéos ludiques de chatons qui pullulent sur la Toile. Avec ces millions de vues, cette iconographie de la mignonnerie animale occupe le premier rang parmi le répertoire des représentations animalières contemporaines. Le reportage animalier, qu’il soit diffusé sur des chaînes spécialisées ou présenté dans le cadre de concours internationaux de photographie, spectacularise pour sa part les merveilles et les périls du monde animal. Si diverses dans leurs manières d’appréhender le fait animal, les pratiques artistiques, pour plusieurs d’entre elles, redéfinissent les ambitions caritatives, ludiques et heuristiques portées par ces régimes visuels, en remettant en cause la position d’autorité du spectateur devant le sujet animal.

Qu’elles ravissent, indignent, instruisent ou émeuvent, les représentations animalières en appellent aux affects du spectateur, ainsi qu’à sa capacité d’insérer ces images dans une histoire de la visualité du sujet non humain. C’est à l’examen de ces formes de visualité que ce colloque est consacré.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 10 mai 2022

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