Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Francois Gremion : Haute école pédagogique BEJUNE
Pour sortir de la médicalisation qui réduit la difficulté scolaire à une déficience de l’enfant et transforme les mesures éducatives en remèdes, les critiques du rapport Warnock (1978) proposaient la nouvelle notion de besoin éducatif particulier (BEP). Par ailleurs, sous l’impulsion des mouvements visant l’inclusion, l’Ecole était progressivement invitée à diminuer ses mesures séparatives proposées, alors, en réponse aux difficultés scolaires. L’inclusion appelait ainsi à des reconfigurations des situations scolaires, compte tenu d’une compréhension renouvelée du handicap et de la difficulté d’apprentissage.
Or, dans l’École, les mesures séparatives, encore très fréquentes et toujours empreintes du modèle médical, visent la transformation des élèves plutôt que celle de l’école. L’utilisation du besoin éducatif particulier reflète ainsi moins le changement de l’école que sa focalisation sur les difficultés d’adaptation des élèves au cadre scolaire et à ses normes.
Cette communication propose de montrer que la critique de la notion de besoin éducatif particulier n’est pas nouvelle, mais nécessaire. Pour soutenir et mobiliser des ressources réflexives permettant un changement de posture, nous nous appuierons sur l’approche holistique et qualitative de Vygotski qui, 50 ans avant le rapport Warnock, s’opposait déjà à une approche unidimensionnelle et quantitative de la déficience permettant d’appréhender la situation éducative plutôt que la seule déficience de l’élève.
Depuis quelques décennies, nos connaissances sur le développement des enfants se sont enrichies et accélérées grâce aux grandes enquêtes longitudinales, aux avancées statistiques, qui ont permis de traiter ces grands ensembles de données, et aux disciplines psychosociales qui se sont emparées de cette expertise. Au-delà des bénéfices clairs pour le bien-être des enfants, ces connaissances ont aussi renforcé l’attention dédiée à leur développement et intensifié les observations à leurs égards, autant par les familles, l’école, les médecins et les experts psychosociaux. Les besoins physiques, psychologiques et cognitifs des enfants sont constamment scrutés, et leur déviance à une normalité statistique est désormais perçue comme alarmante. Parallèlement, le développement de leur plein potentiel est devenu l’objectif à atteindre alors que la prévention se fait prédictive pour contrer toute conséquence nuisible qui pourrait potentiellement survenir.
Dans ce contexte, tout un vocabulaire s’est développé autour des enfants dits « à risque », « en difficulté », « vulnérables », « avec un trouble ou un déficit ». Mais à trop regarder les enfants, surtout leur développement et leur cerveau, peut-on aussi contribuer à des effets délétères? Des indices montrent que les regards sur l’enfance sont de plus en plus déterministes, que les frontières entre difficultés et troubles s’amincissent, que davantage de comportements, d’attitudes et d’expériences deviennent médicalisés avec toutes les conséquences que cela peut apporter tant pour les enfants eux-mêmes que pour les familles et la société dans son ensemble.
Nous suggérons donc de réfléchir de manière critique au regard dominant que la société actuelle pose sur les enfants, et ce, à partir d’une diversité de points de vue et de situations. Il nous semble aussi nécessaire d’aborder la médicalisation et les processus qui s’y rattachent afin de pouvoir documenter le problème pour éventuellement proposer des pistes de solution.
Titre du colloque :