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Lison Jousten : Université de Liège
En 1979, Jean-Louis Le Tacon réalise Cochon qui s'en dédit, film dénonçant les conditions déplorables de l’élevage porcin industriel. Devenu le rouage d'une énorme « machine morbide » (Leboutte, 2010) dont il ne peut s'extirper, un jeune éleveur s'enfonce peu à peu dans un système au sein duquel le respect de la vie humaine ou animale est inexistant. Maxime, nouveau Sisyphe pelletant chaque jour des kilos de déjections, est emporté dans un cycle de saillies et de naissances, qui passe aussi par l’évacuation de cadavres. Le documentaire offre au fond le récit d’une lutte entre un corps – celui de l’élevage de masse – à l’organicité excessive face à celui de l’éleveur, devenu machine.
Réinscrivant le film dans une histoire culturelle et anthropologique qui le dépasse largement, cette intervention en retracera brièvement les contours, tout en s’accordant quelques ponctuels détours par d’autres productions cinématographiques. Il s’agira ainsi d’entrevoir comment cette lutte entre le corps organique et le corps machinique renvoie à une tentative de s’extraire d’une proximité d’ordre biologique et symbolique entre l’homme et le cochon (Pastoureau, 2009 ; Fabre-Vasas, 1994).
Quelle place accorder à l’image dans cette reconnaissance du sujet animal? La montée en popularité des études animales au sein des sciences humaines et sociales n’a eu jusqu’à présent que trop peu d’échos dans le domaine de l’histoire de l’art et des études visuelles. Dès la fin du XIXe siècle pourtant, les organisations de défense des animaux ont recours à des représentations artistiques (Landseer, Bonheur) dans leurs campagnes de communication et de sensibilisation au bien-être animal. Aujourd’hui, les groupes animalistes misent principalement sur le pouvoir de conviction des images de l’outrage et de l’indignation. La visualité du sujet animal n’est cependant pas réductible à ces emplois caritatifs et militants. Des photographies animalières ludiques (Frees), substrats de discours pédagogiques, moraux ou encore publicitaires (Chandoha) inondent au même moment le supermarché des images. Ce fort courant qui traverse tout le XXe siècle trouve aujourd’hui son apothéose dans les vidéos ludiques de chatons qui pullulent sur la Toile. Avec ces millions de vues, cette iconographie de la mignonnerie animale occupe le premier rang parmi le répertoire des représentations animalières contemporaines. Le reportage animalier, qu’il soit diffusé sur des chaînes spécialisées ou présenté dans le cadre de concours internationaux de photographie, spectacularise pour sa part les merveilles et les périls du monde animal. Si diverses dans leurs manières d’appréhender le fait animal, les pratiques artistiques, pour plusieurs d’entre elles, redéfinissent les ambitions caritatives, ludiques et heuristiques portées par ces régimes visuels, en remettant en cause la position d’autorité du spectateur devant le sujet animal.
Qu’elles ravissent, indignent, instruisent ou émeuvent, les représentations animalières en appellent aux affects du spectateur, ainsi qu’à sa capacité d’insérer ces images dans une histoire de la visualité du sujet non humain. C’est à l’examen de ces formes de visualité que ce colloque est consacré.
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