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Logan Penvern : UQAM - Université du Québec à Montréal
Le jardinage alimentaire domestique s’oppose aux activités qui organisent les systèmes alimentaires et au modèle agroindustriel dominant. En ce sens, cette pratique alternative peut être considérée comme une innovation sociale (IS). On la considère alors favorable à la justice alimentaire, environnementale et sociale sous condition d’une contribution significative à l’alimentation des ménages. À partir d’un sondage diffusé en 2019 dans la région de Montréal, on a identifié les principaux déterminants de cette contribution alimentaire. Plus de temps et d'espaces dédiés au jardinage sont gages d’une meilleure contribution alimentaire. L'accès aux ressources, lié au lieu de résidence et aux caractéristiques socioéconomiques des ménages, est donc déterminant et, de fait, exclue une partie des ménages. Ensuite, le jardinage domestique ne résout pas les situations d'insécurité alimentaire vécues par certains-es jardiniers-ères. D'une part, les éléments essentiels à la contribution alimentaire des initiatives sont difficilement accessibles aux ménages les plus vulnérables. D'autre part, les situations d'insécurité alimentaire relèvent d'autres enjeux qui ne peuvent être traités à la seule échelle des ménages. Pour favoriser la justice sociale et environnementale, les IS ne doivent pas se cantonner à une seule échelle. L’intégration des IS aux différentes stratégies politiques, à toutes les échelles, est donc primordiale pour évoluer vers des sociétés plus justes.
En se diffusant sur une grande échelle au cours des années récentes, les innovations sociales (IS) ont-elles été « resignifiées » pour en atténuer, voire en extirper, leurs dimensions critiques et leur potentiel de transformation sociale? En conséquence de cette évolution, ont-elles été simplement réduites à des dispositifs d’accompagnement des innovations technologiques et à des mesures palliatives pour combler les failles du marché et les insuffisances des interventions étatiques? En accord avec ces fonctions, les IS incarneraient des solutions inédites qui, grâce à une approche supposément consensuelle et inclusive, comporteraient des bénéfices supérieurs aux solutions existantes tant pour ses promoteurs que pour la société dans son ensemble. Les IS seraient-elles ainsi devenues une panacée et un « concept magique »? Certes dominante et portée par une vision fonctionnaliste et technocentriste, cette conception des IS n’épuise toutefois pas toute leur signification.
Parallèlement au rétrécissement de la signification des IS, on assiste à la montée des inégalités, tandis que les enjeux identitaires s’exacerbent et que les crises sanitaires et climatiques s’intensifient. Ce contexte serait-il propice à l’émergence et à la consolidation d’un autre type d’IS, axé sur la justice sociale et environnementale? Selon les théories critiques se réclamant de cette dernière, les groupes dominés sont victimes d’une distribution inique, d’un déni de reconnaissance et d’un déficit de représentation, alors même qu’ils sont davantage touchés par la crise sanitaire et les changements climatiques. Portées par une action collective et par des mouvements sociaux représentant les groupes dominés, les IS émergeraient alors en réaction aux injustices, qu’elles se proposeraient de faire reculer.
En vue de mieux comprendre ce phénomène pluriel et polysémique que sont les IS, il importe de construire une typologie, dont les deux types esquissés précédemment ne seraient que les formes opposées. Selon quels axes distinctifs construire cette typologie? Typologie des approches ou typologie du phénomène? Typologies d’effets ou de processus? Quels acteurs sont aujourd’hui promoteurs de tel ou tel type d’innovations sociales? Le contexte de crise actuel est-il propice à l’émergence d’un nouveau type d’innovations sociales? Quels types d’innovations sociales comportent un réel potentiel transformateur pour une justice sociale et environnementale? Quelles articulations possibles entre innovations sociales et innovations technologiques? Comment mesurer la contribution des divers types d’IS tant au regard de la justice sociale et environnementale qu’à celui de la satisfaction des besoins et des aspirations des groupes dominés? À l’intersection d’enjeux scientifiques et politiques, notre colloque vise à proposer une réflexion commune sur les défis entourant l’analyse et la portée des divers types d’IS.
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