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Julien Prud'homme : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
Une solution à la surmédicalisation des difficultés scolaires serait l’adoption de politiques « non-catégorielles », c’est-à-dire de politiques qui ne subordonnent pas l’octroi de services à l’obtention d’un diagnostic. Le cas du Québec depuis vingt ans suggère toutefois qu’un gouvernement peut adopter une politique officielle non-catégorielle tout en continuant d’alimenter sur le terrain des pratiques centrées sur le diagnostic. Plus encore : le ministère de l’Éducation du Québec tend, depuis 1999, à utiliser l’existence d’une politique en principe non-catégorielle pour se décharger de ses responsabilités lorsque les débats s’amplifient au sujet du surdiagnostic. Il est important de comprendre cette dynamique, car elle est présentement à l’œuvre dans le cadre de la réforme du financement de l’adaptation scolaire, amorcée en 2017.
J’analyserai cette dynamique par l’étude d’un cas, celui du procès qui, de 2003 à 2010, oppose un groupe de parents (soutenu par des neuropsychologues) au ministère de l’Éducation. Ce procès met en lumière plusieurs caractéristiques de la scène québécoise des difficultés d’apprentissage. Le ministère y utilise opportunément l’existence d’une politique non-catégorielle pour étoffer sa défense : cette manœuvre éclaire la façon stratégique et essentiellement ponctuelle dont l’État envisage cette politique. Cette analyse ouvre la porte à une réflexion plus large sur la relation entre les décisions officielles et les réalités de terrain.
Depuis quelques décennies, nos connaissances sur le développement des enfants se sont enrichies et accélérées grâce aux grandes enquêtes longitudinales, aux avancées statistiques, qui ont permis de traiter ces grands ensembles de données, et aux disciplines psychosociales qui se sont emparées de cette expertise. Au-delà des bénéfices clairs pour le bien-être des enfants, ces connaissances ont aussi renforcé l’attention dédiée à leur développement et intensifié les observations à leurs égards, autant par les familles, l’école, les médecins et les experts psychosociaux. Les besoins physiques, psychologiques et cognitifs des enfants sont constamment scrutés, et leur déviance à une normalité statistique est désormais perçue comme alarmante. Parallèlement, le développement de leur plein potentiel est devenu l’objectif à atteindre alors que la prévention se fait prédictive pour contrer toute conséquence nuisible qui pourrait potentiellement survenir.
Dans ce contexte, tout un vocabulaire s’est développé autour des enfants dits « à risque », « en difficulté », « vulnérables », « avec un trouble ou un déficit ». Mais à trop regarder les enfants, surtout leur développement et leur cerveau, peut-on aussi contribuer à des effets délétères? Des indices montrent que les regards sur l’enfance sont de plus en plus déterministes, que les frontières entre difficultés et troubles s’amincissent, que davantage de comportements, d’attitudes et d’expériences deviennent médicalisés avec toutes les conséquences que cela peut apporter tant pour les enfants eux-mêmes que pour les familles et la société dans son ensemble.
Nous suggérons donc de réfléchir de manière critique au regard dominant que la société actuelle pose sur les enfants, et ce, à partir d’une diversité de points de vue et de situations. Il nous semble aussi nécessaire d’aborder la médicalisation et les processus qui s’y rattachent afin de pouvoir documenter le problème pour éventuellement proposer des pistes de solution.
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