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Le spectre de l’oiseau dans la ménagerie : reflet d’une culture de l’histoire naturelle

GC

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Genevieve Chevalier : Université Laval

Résumé de la communication

Dans cette communication, je tracerai un parallèle entre le phénomène historique des ménageries princières de l’Angleterre des 17e et 18e siècles et les activités de collectionnement de spécimens d’oiseaux qui se tenaient au même moment en Angleterre. Les espèces animales des ménageries ont été le symbole d’un statut social – souvent royal, comme les pélicans de la reine que l’on retrouve toujours à St. James’s Park et ce, depuis le 17e siècle. Elles représentent le pouvoir de celles et ceux qui possèdent des espèces venues de loin. Elles sont perpétuellement « en démonstration » dans un espace clos (parc ou jardin). Rien ne vient en théorie perturber leur existence ni altérer leur beauté : elles demeurent continuellement disponibles aux regards et leur simple exposition constitue un témoignage de l’emprise sur les choses de ceux et celles qui les possèdent. À la fois la ménagerie et la collection d’histoire naturelle m’intéressent dans le contexte de recherches menées lors de la réalisation d’un projet artistique intitulé « Mirement/Towering » (2020-2023). Ce projet explore quelques-uns des méandres de l’épistémologie moderne à la lumière de l’effondrement actuel de la biodiversité. Sa première itération fut présentée au centre Dazibao à l’automne 2021, sous le titre « La ménagerie, L’herbier ». Il s’agira donc ici d’examiner certaines pratiques culturelles historiques tout en analysant la manière dont ces pratiques sont abordées dans une œuvre qui est toujours en chantier.

Résumé du colloque

Quelle place accorder à l’image dans cette reconnaissance du sujet animal? La montée en popularité des études animales au sein des sciences humaines et sociales n’a eu jusqu’à présent que trop peu d’échos dans le domaine de l’histoire de l’art et des études visuelles. Dès la fin du XIXe siècle pourtant, les organisations de défense des animaux ont recours à des représentations artistiques (Landseer, Bonheur) dans leurs campagnes de communication et de sensibilisation au bien-être animal. Aujourd’hui, les groupes animalistes misent principalement sur le pouvoir de conviction des images de l’outrage et de l’indignation. La visualité du sujet animal n’est cependant pas réductible à ces emplois caritatifs et militants. Des photographies animalières ludiques (Frees), substrats de discours pédagogiques, moraux ou encore publicitaires (Chandoha) inondent au même moment le supermarché des images. Ce fort courant qui traverse tout le XXe siècle trouve aujourd’hui son apothéose dans les vidéos ludiques de chatons qui pullulent sur la Toile. Avec ces millions de vues, cette iconographie de la mignonnerie animale occupe le premier rang parmi le répertoire des représentations animalières contemporaines. Le reportage animalier, qu’il soit diffusé sur des chaînes spécialisées ou présenté dans le cadre de concours internationaux de photographie, spectacularise pour sa part les merveilles et les périls du monde animal. Si diverses dans leurs manières d’appréhender le fait animal, les pratiques artistiques, pour plusieurs d’entre elles, redéfinissent les ambitions caritatives, ludiques et heuristiques portées par ces régimes visuels, en remettant en cause la position d’autorité du spectateur devant le sujet animal.

Qu’elles ravissent, indignent, instruisent ou émeuvent, les représentations animalières en appellent aux affects du spectateur, ainsi qu’à sa capacité d’insérer ces images dans une histoire de la visualité du sujet non humain. C’est à l’examen de ces formes de visualité que ce colloque est consacré.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 10 mai 2022

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