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Alice Boisvert : UQAM - Université du Québec à Montréal
Cette communication abordera la présence d’oiseaux naturalisés dans la photographie ornithologique à la fin du XIXe siècle au Canada. Elle a pour objectif d’interroger le recours à la représentation photographique à des fins scientifiques, tout en questionnant cette pratique consistant à « faire poser » des espèces taxidermisées pour créer l’illusion du vif. Si la taxidermie, en tant que pratique, a fait objet d'études, le croisement avec la photographie reste quant à lui peu documenté. En délaissant l’illustration graphique au profit de l’enregistrement photographique, les publications consacrées au monde animal avaient misé sur l’effet de réel (Barthes) que cette technique produisait, cela afin de susciter une proximité inédite entre le spectateur et les espèces animales surprises dans leur milieu de vie. On assistait alors à la naissance de la photographie animalière. La photographie d’animaux naturalisés relève d’une toute autre stratégie figurative et semble constituer un angle mort dans l’histoire de l’illustration naturaliste. La présente communication aura pour cas d'étude le livre Our birds of prey, or the eagles, hawks and owls of Canada, with 30 photographic illustrations by Wm. Notman publié en 1876 par le scientifique canadien Henry George Vennor.
Quelle place accorder à l’image dans cette reconnaissance du sujet animal? La montée en popularité des études animales au sein des sciences humaines et sociales n’a eu jusqu’à présent que trop peu d’échos dans le domaine de l’histoire de l’art et des études visuelles. Dès la fin du XIXe siècle pourtant, les organisations de défense des animaux ont recours à des représentations artistiques (Landseer, Bonheur) dans leurs campagnes de communication et de sensibilisation au bien-être animal. Aujourd’hui, les groupes animalistes misent principalement sur le pouvoir de conviction des images de l’outrage et de l’indignation. La visualité du sujet animal n’est cependant pas réductible à ces emplois caritatifs et militants. Des photographies animalières ludiques (Frees), substrats de discours pédagogiques, moraux ou encore publicitaires (Chandoha) inondent au même moment le supermarché des images. Ce fort courant qui traverse tout le XXe siècle trouve aujourd’hui son apothéose dans les vidéos ludiques de chatons qui pullulent sur la Toile. Avec ces millions de vues, cette iconographie de la mignonnerie animale occupe le premier rang parmi le répertoire des représentations animalières contemporaines. Le reportage animalier, qu’il soit diffusé sur des chaînes spécialisées ou présenté dans le cadre de concours internationaux de photographie, spectacularise pour sa part les merveilles et les périls du monde animal. Si diverses dans leurs manières d’appréhender le fait animal, les pratiques artistiques, pour plusieurs d’entre elles, redéfinissent les ambitions caritatives, ludiques et heuristiques portées par ces régimes visuels, en remettant en cause la position d’autorité du spectateur devant le sujet animal.
Qu’elles ravissent, indignent, instruisent ou émeuvent, les représentations animalières en appellent aux affects du spectateur, ainsi qu’à sa capacité d’insérer ces images dans une histoire de la visualité du sujet non humain. C’est à l’examen de ces formes de visualité que ce colloque est consacré.
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