Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Firmin Nana : Institut des Sciences des Sociétés (INSS)-CNRST/Burkina Fasa
A partir d’éléments de méthodologie tels la recherche documentaire et les entretiens, l’un des constats est que l’élaboration, tout comme la mise en œuvre, des politiques publiques ne s’opère pas sans l’émergence d’une diversité de contraintes et de défis. La réflexion a observé un cas d’élaboration d’un document de politique de l’emploi pour identifier et analyser les contraintes et défis inhérents au processus adopté. Sur le plan de la cognition et du paradigme, ces contraintes et défis sont relatifs à la problématique de la construction du sens de l’emploi ou de la crise de l’emploi mettant en exergue des défis de conceptualisation et de diagnostic du problème de l’emploi. Sur le plan de la dynamique des systèmes d’action dans l’élaboration des politiques publiques, les éléments de contrainte et de défis émanent de la méthode d’élaboration choisie et de la question de la participation des acteurs. En lien avec les dynamiques de l’Etat africain, l’analyse de ces contraintes et défis permet d’observer comment la nature de « l’Etat-en-train-d’agir » détermine la nature des contraintes et défis dans les processus d’élaboration et de mise en œuvre des politiques publiques. Aussi, il s’avère possible de considérer que le processus d’élaboration des politiques publiques constitue aussi un champ de construction de l’Etat africain. Ainsi, l’effectivité du lien entre les processus des politiques publiques et construction de l’Etat en Afrique continue de se confirmer.
Ce colloque s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche qui a pour objectif d’étudier les trajectoires, les processus et les résultats de l’élaboration des politiques sociales en Afrique de la période coloniale à nos jours. Il est financé par l’Institut des études africaines de l’Université du Ghana et les Open Society Institutes of Africa.
Depuis les indépendances, les États francophones d’Afrique ont adopté des politiques sociales selon les conjonctures politiques et économiques auxquelles ils étaient confrontés. Ils ont ainsi pu, dans certains cas, proposer des structures de protection sociale et instaurer des régimes de prévoyance sociale pour les travailleurs du privé, les fonctionnaires et certains groupes sociaux vulnérables. Cependant, l’absence de rupture radicale dans les pratiques en matière de politiques sociales par les gouvernements postindépendances explique, dans une certaine mesure, la similitude des systèmes de politiques sociales dans les différents pays avec une persistance des inégalités de genres, d’un traitement inégal selon les classes sociales et les catégories socioprofessionnels, des disparités entre les régions et un déséquilibre urbain-rural.
Ainsi, en se concentrant sur la fonction productive des politiques sociales et en négligeant les fonctions de reproduction, de redistribution et de cohésion sociale, le potentiel d’émancipation et de transformation des politiques sociales s’est révélé quasi nul en Afrique francophone. Malgré des avancées notables, les principaux marqueurs des politiques sociales sont leur caractère exclusif, l’absence d’universalité, un défaut d’inclusion, l’absence de considération des inégalités de genre et la faiblesse des financements.
Avec l’avènement de la COVID-19, le recours aux politiques sociales ou leur renforcement se sont imposés de façon naturelle aux gouvernements d’Afrique francophone même pour ceux qui semblaient s’engager dans une rupture avec l’État-providence. Beaucoup de pays, dont les régimes de protection sociale sont défaillants, notamment en raison d’un faible financement et d’un défaut d’arrimage avec les réalités sociales et économiques, se sont engagés dans cette avenue. Cependant, l’absence de prise en charge des besoins spécifiques des groupes vulnérables et les lacunes touchant l’intégration de la sexospécificité dans la planification et l’opérationnalisation des politiques sociales constituent des dysfonctionnements majeurs des régimes de protection sociale.
Titre du colloque :