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Gil Chataigner : UQAM - Université du Québec à Montréal
Cette présentation discutera des idées et des pratiques entourant la conservation animale, à l’ère de l’enregistrement d’images en mouvement. En particulier, nous proposerons l’analyse d’un corpus audiovisuel d’oeuvres contemporaines (issues des arts visuels et des cinémas du réel) dans lesquelles la présence de plans d’animaux naturalisés dans des réserves muséales est captivante et confrontante. Ces plans récurrents sont-ils des figures ou agissent-ils à titre de discours ? Nous nous concentrerons aussi sur l’étude de l’historicité de ces réserves zoologiques dans les musées d’histoire naturelle. Comment, dans l’histoire muséale, la conservation d’un spécimen, reliquat animal, a négocié sa mise en visibilité ou sa préservation muette ? Et finalement, pivot de l’émergence d’une pensée de conservation, nous documenterons l’émergence d’un type de caméra, brevetée dans les années 1910, pour combler un besoin de filmer l’animal dans son milieu naturel. Cet appareil, la Akeley Camera, fut créée par le naturaliste éponyme investi dans la sensibilisation à l’animal au American Museum of Natural History. Mettre en dialogue ces objets nous permettra de manière intermédiale de voir émerger et interroger le paradigme conservationniste des espèces animales par l’humain.
Quelle place accorder à l’image dans cette reconnaissance du sujet animal? La montée en popularité des études animales au sein des sciences humaines et sociales n’a eu jusqu’à présent que trop peu d’échos dans le domaine de l’histoire de l’art et des études visuelles. Dès la fin du XIXe siècle pourtant, les organisations de défense des animaux ont recours à des représentations artistiques (Landseer, Bonheur) dans leurs campagnes de communication et de sensibilisation au bien-être animal. Aujourd’hui, les groupes animalistes misent principalement sur le pouvoir de conviction des images de l’outrage et de l’indignation. La visualité du sujet animal n’est cependant pas réductible à ces emplois caritatifs et militants. Des photographies animalières ludiques (Frees), substrats de discours pédagogiques, moraux ou encore publicitaires (Chandoha) inondent au même moment le supermarché des images. Ce fort courant qui traverse tout le XXe siècle trouve aujourd’hui son apothéose dans les vidéos ludiques de chatons qui pullulent sur la Toile. Avec ces millions de vues, cette iconographie de la mignonnerie animale occupe le premier rang parmi le répertoire des représentations animalières contemporaines. Le reportage animalier, qu’il soit diffusé sur des chaînes spécialisées ou présenté dans le cadre de concours internationaux de photographie, spectacularise pour sa part les merveilles et les périls du monde animal. Si diverses dans leurs manières d’appréhender le fait animal, les pratiques artistiques, pour plusieurs d’entre elles, redéfinissent les ambitions caritatives, ludiques et heuristiques portées par ces régimes visuels, en remettant en cause la position d’autorité du spectateur devant le sujet animal.
Qu’elles ravissent, indignent, instruisent ou émeuvent, les représentations animalières en appellent aux affects du spectateur, ainsi qu’à sa capacité d’insérer ces images dans une histoire de la visualité du sujet non humain. C’est à l’examen de ces formes de visualité que ce colloque est consacré.
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