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Lynda Khelil : UQAM - Université du Québec à Montréal
Cette communication aborde une dimension importante de la répression des manifestations au Québec qui est peu étudiée : les discours de justification des autorités politiques et policières. La recherche présentée porte sur la répression exceptionnelle à Montréal entre 2012 et 2015, une période au cours de laquelle la police de Montréal a arrêté plus de 4 000 personnes par 46 arrestations de masse lors de 32 manifestations initiées strictement par les mouvements étudiant, anticapitaliste et contre la brutalité policière. Dans plusieurs cas, les forces policières ont procédé à des arrestations de masse dites « préventives » en appliquant de manière sélective une nouvelle obligation de divulguer l’itinéraire à la police, inscrite depuis mai 2012 dans le controversé règlement municipal P-6.
Les mouvements sociaux et des élu-e-s de l’opposition se sont mobilisés (dans la rue, devant les tribunaux, dans l’espace public et à l’hôtel de ville) pour dénoncer la répression policière et le profilage politique. Pour saisir les stratégies à l’œuvre dans les discours des autorités politiques et policières municipales, la notion de « cadrage » est employée pour analyser un vaste corpus de discours oraux exprimés à l’hôtel de ville et dans les médias. Un examen attentif révèle notamment que la posture de non-collaboration avec la police des groupes militants antiautoritaires a été un motif important dans la répression de leurs manifestations.
Le contrôle de ce qui est acceptable ou admissible dans la sphère politique a de lourdes conséquences sur la vie démocratique de toute société, sur le dynamisme des groupes qui souhaitent y prendre part, de même que sur la mise en visibilité des problèmes sociaux. Pourtant, la notion de profilage politique a une histoire somme toute récente au Québec. Elle a été développée grâce aux démarches de groupes politiques ayant vécu un traitement asymétrique basé sur des stéréotypes (Goyette, Bellot et Sylvestre, 2014). Des acteurs se sont inspirés des notions de profilage racial et social dans le but de faire reconnaître son existence (Dupuis-Déri, 2014). Les particularités du profilage à caractère politique et ses zones d’interaction avec les autres types de profilages sont en ce sens encore marginales dans la littérature en sociologie, en travail social et en science politique. Le colloque « Actions politiques et profilages » permettra d’actualiser et de développer le concept de profilage politique, notamment dans ses intersections avec d’autres formes de profilage. À travers une lunette plus collective qu’individuelle, ce colloque invite à réfléchir sur l’intentionnalité politique derrière les profilages, de même que sur les manières dont les acteurs collectifs les contestent. Les contributions à l’avancement des connaissances sur les profilages de l’action politique seront déclinées en deux temps : 1) les profilages de la défense de droits; et 2) les profilages de l’action politique dans l’espace public.
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